constitue une erreur de la part de celui qui l’a avancé. La raison de son erreur est qu’il a tenu la muḍârabah pour une simple ijârah et qu’il a, dès lors, attribué à l’exploitant, lorsque le contrat est invalide, une rémunération usuelle, tout comme on lui verse dans l’ijârah valide le salaire stipulé. Or l’absurdité de cette opinion apparaît clairement : l’exploitant peut travailler dix ans ou davantage ; si on lui versait le salaire usuel, il percevrait plusieurs fois le capital initial, tandis que, dans la muḍârabah valide, il n’a droit qu’à une fraction du bénéfice – s’il y en a. Comment pourrait-il, dans un contrat invalide, toucher des sommes multipliées par rapport à ce qu’il gagnerait dans un contrat valide ?
De même, ceux qui ont déclaré nulles la muzâraʿah et la musâqât l’ont fait parce qu’ils les ont assimilées à une ijârah dont la contrepartie est inconnue ; ils les ont donc annulées. Certains, toutefois, ont admis tout ce dont la nécessité se fait sentir, comme la musâqât pratiquée sur les arbres, car il est impossible de les louer, à la différence de la terre, qui, elle, peut être donnée en ijârah. Ils ont également autorisé, au sein de la muzâraʿah, ce qui vient en annexe de la musâqât, soit sans restriction, soit lorsque la partie non plantée (al-bayâḍ) représente un tiers.
Toute cette argumentation repose sur l’idée que la preuve impose d’invalider la muzâraʿah, laquelle n’aurait été tolérée qu’en cas de nécessité. Or quiconque examine la question avec sérieux verra que la muzâraʿah est plus éloignée de l’injustice et du gharar que l’ijârah assortie d’un loyer déterminé et garanti comme une dette. En effet, le preneur ne cherche qu’à bénéficier de la récolte qui doit pousser ; si le loyer lui est imposé alors que cette récolte peut se réaliser ou non, on aboutit à ce qu’un des deux contractants (1) obtienne sûrement ce qu’il souhaitait, tandis que l’autre oscille entre gain et perte.
Dans la muzâraʿah, en revanche, si la récolte existe les deux parties la partagent, et, s’il n’y a rien, elles partagent également l’absence de gain ; aucune ne réalise son objectif aux dépens de l’autre. Cette formule est donc plus proche de la justice et plus éloignée de l’injustice et du gharar que l’ijârah.