mais il reste licite : si le travail est effectivement accompli, la récompense est due, sinon rien n’est dû. Il est par ailleurs permis que cette rétribution, lorsqu’elle dépend de l’exécution de l’ouvrage, prenne la forme d’une quote-part indivise et d’un montant indéterminé, ignorance qui n’empêche pas sa remise. Ainsi le chef d’une expédition peut-il déclarer : « Quiconque nous indiquera une forteresse recevra le tiers de ce qu’elle contient », ou dire à la troupe légère qu’il mène (1) : « Vous aurez un cinquième, voire un quart, de ce que vous prendrez comme butin. »
Les juristes ont ensuite divergé au sujet du salab (le butin personnel) : est-il acquis de plein droit, comme l’a soutenu ash-Shâfiʿî, ou bien subordonné à une condition, comme l’ont affirmé Abû Ḥanîfa et Mâlik ? Deux avis existent, et ces deux opinions sont également rapportées d’Ahmad. Ceux qui estiment qu’il n’est dû qu’en vertu d’une condition l’assimilent à cette catégorie de contrats.
Relève encore de ce même principe le fait de promettre à un médecin un salaire en cas de guérison : c’est licite, à l’exemple du troupeau de moutons que les Compagnons du Prophète ﷺ acceptèrent du chef d’un groupe tribal lorsqu’un d’entre eux pratiqua une ruqyah (incantation coranique) jusqu’à la guérison du malade. La récompense portait sur la guérison, non sur la récitation. En revanche, s’il engageait un médecin par une ijârah ferme en stipulant la guérison, le contrat serait invalide (2), car la guérison n’est pas en son pouvoir ; Allah peut l’accorder ou non. Ce type de situation autorise donc la juʿâlah, à l’exclusion d’une ijârah contraignante.
Section
Quant à la troisième catégorie, elle concerne le cas où l’on ne recherche pas le travail en lui-même, mais le bénéfice financier : il s’agit de la muḍârabah. En effet, le propriétaire du capital n’a pas pour objectif l’activité même de l’exploitant, contrairement à celui qui recourt à la juʿâlah ou à l’ijârah, lesquels visent son travail. Ainsi, si l’exploitant œuvre sans réaliser de profit, il ne perçoit rien. Et si l’on qualifie malgré tout ce contrat de juʿâlah, au motif qu’il attribue une part de ce qui résulte du travail, il ne s’agit que d’une divergence de terminologie : c’est en réalité un partenariat, l’un mettant à profit son capital, l’autre son labeur.