Reprenons maintenant la parole de Shaykh al-Islâm ; il dit :
Le deuxième aspect – c’est-à-dire l’une des preuves que la ḥawâla (transfert de dette) est conforme à l’analogie juridique – est que la ḥawâla relève de l’exécution d’un droit et non de la vente. En effet, lorsque le créancier recouvre de son débiteur ce qui lui est dû, il s’agit d’un règlement ; et, lorsqu’il dirige ce débiteur vers un tiers, il a réglé cette dette au moyen de la dette qui pesait sur le délégant. C’est pourquoi le Prophète ﷺ a évoqué la ḥawâla dans le cadre du règlement, disant dans le hadith authentique : « Le retard d’un débiteur solvable est une injustice ; et lorsque l’un d’entre vous est orienté vers une personne solvable, qu’il accepte. » Ainsi, il ordonne au débiteur de s’acquitter, lui interdit la procrastination et précise qu’il est injuste s’il diffère ; il ordonne également au créancier d’accepter le paiement lorsqu’il est renvoyé vers un débiteur solvable. Cela rejoint la parole du Très-Haut : « Qu’il y ait donc une poursuite convenable, puis qu’on s’acquitte envers lui avec bienfaisance » (sourate al-Baqarah, 178) : Il enjoint au titulaire du droit de réclamer d’une manière convenable et au débiteur de payer avec bienveillance.
S’acquitter d’une dette n’est pas, à proprement parler, une vente, bien qu’il y entre un certain aspect d’échange. Certains juristes ont pensé que l’extinction de la dette ne se produisait qu’en percevant intégralement la créance, arguant que, lorsque le créancier reçoit le paiement, une dette équivalente naît dans le patrimoine du débiteur, puis se trouve compensée. Cette sophistication forcée a été rejetée par la majorité des fuqahâ’ : c’est l’objet même perçu qui éteint la dette, sans qu’il soit besoin de supposer la naissance d’une nouvelle créance dans la responsabilité de celui qui l’a reçu. Ces auteurs voulaient transformer le paiement en un échange pur et simple de dette contre dette, ce qui est inutile ; la dette relève en effet de l’obligation abstraite et générique, tandis que l’objet remis est concret et déterminé. Dès lors qu’une dette abstraite incombe à quelqu’un, la finalité recherchée est l’obtention d’un bien existant ; et, quel que soit le bien particulier reçu, cette finalité est atteinte.
[Iʿlâm al-muwaqqiʿîn 2/8-10] (1)