Chapitre du prêt
687 – Conformité du prêt au raisonnement analogique ;
688 – La question de la suftaja (lettre de change) :
Ibn al-Qayyim déclare : « Quant au prêt (qard), celui qui prétend qu’il va à l’encontre du raisonnement analogique s’appuie sur l’argument qu’il équivaudrait à une vente d’un bien usuraire contre son semblable, avec remise différée. C’est là une erreur ; le prêt relève en réalité des libéralités portant sur l’usage, à l’instar du prêt à usage (ʿâriyya). C’est pourquoi le Prophète ﷺ l’a qualifié de manîḥa et a dit : « … ou une manîḥa d’or, ou une manîḥa d’argent ». Nous sommes ici dans le registre de la bienveillance, non dans celui des échanges onéreux.
Dans les contrats onéreux, chacun cède définitivement le capital qu’il livre. Le prêt, en revanche, se range aux côtés de la ʿâriyya, de la manîḥa et de l’ifqâr al-ẓahr : on y remet le capital pour que l’emprunteur profite de ce qu’il en régénère, puis il le restitue tel quel si possible, sinon par un équivalent. Parfois on n’en retire qu’un usage, comme dans le prêt d’un immeuble ; parfois on accorde une bête pour qu’on en boive le lait avant de la rendre, ou un arbre pour en consommer les fruits puis le restituer – c’est ce que l’on appelle ʿarîya (ʿâriyya). Aussi dit-on : « Il lui a prêté l’arbre », « il lui a prêté l’objet », « il lui a accordé la brebis », « il lui a mis la monture à disposition », « il lui a prêté des dirhams ». Le lait et les fruits, parce qu’ils se renouvellent sans cesse, sont assimilés aux usages ; de là vient qu’en matière de waqf (bien de mainmorte) ils sont traités comme de simples usufruits.
En rien tout cela ne relève de la vente ; il s’agit d’un acte de bienfaisance, d’une libéralité, voire d’une aumône. Certes, le prêteur peut aussi tirer profit du prêt, comme dans le cas de la suftaja (1). C’est pourquoi certains l’ont déclarée répréhensible ; l’avis correct est toutefois qu’elle ne l’est pas, parce que l’avantage