Si le salam exigible immédiatement avait été, en toute circonstance, interdit, le Prophète ﷺ lui aurait, dès le départ, déclaré : « Ne vends pas cela », qu’il l’eût déjà en main ou non. En effet, l’adepte de cette opinion soutient que la cession d’une dette exigible sur-le-champ est illicite, même lorsque le vendeur possède effectivement de quoi la livrer ; s’il détient la marchandise, il ne peut vendre qu’un bien individualisé, non un article dû en dhimma. Or le Prophète ﷺ, au lieu de l’en interdire sans réserve, s’est contenté de dire : « Ne vends pas ce que tu ne possèdes pas » ; on en déduit qu’il ﷺ distingue entre ce que l’on détient, que l’on possède et que l’on est capable de remettre, et ce que l’on ne possède pas, quand bien même, dans les deux cas, il s’agit d’une obligation inscrite en dhimma.
Qui médite ces données reconnaîtra donc que la troisième opinion est la juste. On pourrait objecter : « La vente à terme n’a été autorisée que par nécessité ; c’est la “vente des insolvables” : le vendeur est contraint de vendre à échéance parce qu’il n’a rien à céder maintenant. Quant à une vente payable comptant, il peut présenter la marchandise pour qu’on la voie ; il n’y a donc nul besoin de vendre un bien décrit en dhimma, ni un objet absent mais décrit ; il ne devrait rien vendre du tout. »
Nous répondons : nous ne concédons pas que le salam soit contraire au principe ; différer la livraison du bien est, comme différer le paiement du prix, une mesure d’intérêt général. S’agissant de la vente d’un bien absent, trois avis existent :
1. Certains l’autorisent sans condition mais refusent qu’elle porte sur un bien déterminé et décrit ; c’est l’opinion la plus connue d’al-Shâfiʿî.
2. D’autres l’autorisent lorsqu’il est précisément déterminé et décrit, mais l’interdisent de façon absolue ; c’est l’avis d’Aḥmad et d’Abû Ḥanîfa.
3. L’avis le plus probant admet les deux formes.
À al-Shâfiʿî on peut répliquer ce qu’il dit lui-même aux autres : si la vente, en dhimma, d’un bien indéterminé mais décrit est permise, la vente d’un bien déterminé et décrit est à plus forte raison licite, car l’indéterminé comporte davantage de gharar (aléa), de risque et d’ignorance. Ainsi, s’il est permis de vendre du blé non individualisé moyennant sa description, il est a fortiori permis de le vendre lorsqu’il est individualisé et décrit. Mieux : si la vente d’un bien déterminé sur la base de sa description est admise, avec pour l’acheteur une option de rétractation lorsqu’il le voit, cela est également valide, comme on le rapporte des Compagnons et comme le professent Abû Ḥanîfa et, selon l’une des deux versions, Aḥmad. De plus, al-Qâḍî et d’autres disciples d’Aḥmad ont même reconnu la validité d’un salam exigible immédiatement conclu sous la simple forme d’un contrat de vente.
فلو كان السلف الحال لا يجوز مطلقا لقال له ابتداء: لا تبع هذا، سواء كان عنده أو ليس عنده، فإن صاحب هذا القول يقول: بيع ما في الذمة حالا لا يجوز، ولو كان عنده ما يسلمه، بل إذا كان عنده فإنه لا يبيع إلا معينا، لا يبيع شيئا في الذمة، فلما لم ينه النبي ﷺ عن ذلك مطلقا بل قال: «لا تبع ما ليس عندك» = علم أنه ﷺ فرق بين ما هو عنده ويملكه ويقدر على تسليمه وما ليس كذلك، وإن كان كلاهما في الذمة.
ومن تدبر هذا تبين له أن القول الثالث هو الصواب، فإن قيل: إن بيع المؤجل جائز للضرورة، وهو بيع المفاليس، لأن البائع احتاج أن يبيع إلى أجل وليس عنده ما يبيعه الآن، فأما الحال فيمكنه أن يحضر المبيع فيراه فلا حاجة إلى بيع موصوف في الذمة أو بيع عين غائبة موصوفة لا يبيع شيئا مطلقا.
قيل: لا نسلم أن السلم على خلاف الأصل، بل تأجيل المبيع كتأجيل الثمن، كلاهما من مصالح العالم، والناس لهم في مبيع الغائب ثلاثة أقوال: منهم من يجوزه مطلقا، ولا يجوزه معينا موصوفا، كالشافعي في المشهور عنه؛ ومنهم من يجوزه معينا موصوفا، ولا يجوزه مطلقا، كأحمد وأبي حنيفة؛ والأظهر جواز هذا وهذا، ويقال للشافعي مثل ما قال هو لغيره: إذا جاز بيع المطلق الموصوف في الذمة فالمعين الموصوف أولى بالجواز، فإن المطلق فيه من الغرر والخطر والجهل أكثر مما في المعين، فإذا جاز بيع حنطة مطلقة بالصفة= فجواز بيعها معينة بالصفة أولى، بل لو جاز بيع المعين بالصفة فللمشتري الخيار إذا رآه= جاز أيضا، كما نقل عن الصحابة وهو مذهب أبي حنيفة وأحمد في إحدى الروايتين، وقد جَوَّز القاضي وغيره من أصحاب أحمد السلم الحال بلفظ البيع.