Il convient également d’affirmer ceci : si quelqu’un voit son esclave vendre un bien sans l’en empêcher – et, plus largement, dans tous les cas analogues –, l’avis retenu est que le silence ne vaut pas autorisation ; l’acte accompli n’est donc pas valable. Or, lorsqu’il est invalide, il s’assimile à une tromperie, et l’auteur en est tenu pour responsable. En effet, selon nous, délaisser un devoir entraîne l’obligation de garantir le dommage résultant d’un acte illicite, comme nous le disons pour la question de l’hôte qui manque à ses obligations ou de celui qui peut sauver quelqu’un d’une destruction certaine sans intervenir ; ici, l’obligation de garantie est même plus forte. Fin de la citation. ⦗Al-Nukat ʿalā al-Muḥarrar 1/290-291⦘
584 – Le hadith : « Ne vends pas ce que tu ne possèdes pas »
Ibn al-Qayyim rapporte : « J’ai trouvé chez notre shaykh un passage fort utile au sujet de ce hadith ; en voici la teneur :
« Les savants ont, à son propos, plusieurs opinions.
- On a dit que l’interdiction vise le cas où l’on vend une marchandise déterminée appartenant à autrui : on la vend, puis on l’acquiert auprès de son propriétaire pour la remettre à l’acheteur. Le sens serait donc : “Ne vends pas un bien tangible que tu ne détiens pas.” Cette explication est attribuée à l’imâm al-Shâfiʿî, car il autorise la salam exigible immédiatement alors qu’il se peut que le vendeur ne possède pas encore l’objet vendu. Il a donc limité l’interdiction à la vente d’objets individualisés, de sorte que la vente d’un bien décrit comme dette en dhimma, qu’elle soit payable comptant ou à terme, n’entre pas dans le champ du hadith.
- D’autres ont jugé cette interprétation très faible. En effet, Ḥakîm b. Ḥizâm ne vendait pas un article précisément déterminé appartenant à quelqu’un d’autre pour aller ensuite l’acheter ; ceux qui s’adressaient à lui ne disaient pas : “Nous voulons l’esclave d’untel” ou “la maison d’untel”. Dans la pratique, un client venait le voir et disait : “Je souhaite tant de telle denrée”, ou “tel type d’étoffe”, ou autre chose du même genre. Il répondait : “Oui, je te la fournirai”, concluait la vente, puis allait se procurer la marchandise chez un tiers lorsqu’il ne la possédait pas. C’est ainsi que procèdent ceux qui se livrent à cette pratique. C’est pourquoi il (Ḥakîm) a dit : “Il vient à moi et me demande la marchandise que j’ai chez moi”, et non : “Il me demande ce qui appartient à autrui.” Le demandeur ne recherchait qu’une catégorie de produit, non