Si l’on se trouve dans la situation où les biens sont indisponibles, et que l’on emprunte à leur charge ou que l’on s’acquitte du montant dû sur ses propres deniers (1), on dispose ensuite d’un droit de recours. Tel est l’usage établi ; quiconque s’y oppose ne fait qu’ouvrir la porte à un désordre dont seul le Seigneur des serviteurs connaît l’ampleur.
Il ajouta : au fond, le cas s’apparente au ghasb (usurpation) d’un bien indivis. Lorsqu’un usurpateur prélève, dans le patrimoine commun, la part appartenant à l’un des deux associés, on considère – selon l’opinion la plus forte – que ce qu’il a pris provient exclusivement de la fortune de cet associé ; telle est la position explicite d’al-Châfiʿî, d’Aḥmad et d’autres.
De même, si l’un des deux fils reconnaît l’existence d’un frère tandis que l’autre le nie, le fils reconnaissant doit remettre au frère ainsi reconnu ce qui excède sa propre quote-part, soit un sixième, d’après Mâlik, al-Châfiʿî et Aḥmad (2). Ils estiment, en effet, que la portion qu’a usurpée le frère dénégateur doit être imputée uniquement à la part revenant au frère reconnu, en vertu de la preuve produite (3).
Il en va de même ici : l’oppresseur n’a opéré la saisie qu’au nom du débiteur visé ; il n’avait pas l’intention de prendre les biens de celui qui a payé. Abû Ḥanîfa, cependant, juge qu’en matière de ghasb d’un bien indivis, ce que l’usurpateur saisit est réputé appartenir aux deux copropriétaires, en se fondant sur l’apparence même de la saisie ; de la même manière, la moitié que le frère dénégateur a usurpée est imputée aux deux. Cet avis est également rapporté dans les écoles d’al-Châfiʿî et d’Aḥmad.
Il dit encore : quiconque se voit confisquer ses biens et voit ses proches, voisins, amis ou associés contraints de payer pour lui, ceux-ci disposent d’un droit de recours, car on les a lésés à cause de lui et de sa fortune, l’oppresseur n’ayant cherché qu’à atteindre son bien à lui, non le leur…
Il invoqua enfin l’épisode d’Ibn al-Lutbiyya, disant : comme les gens ne lui avaient versé de l’argent et offert des présents qu’en raison de sa fonction, le Prophète les a comptés parmi les fonds destinés aux ayants droit de la ṣadaqa, parce que