« Certes, le Coran est la plus noble des paroles – c’est la Parole d’Allah –, tandis que l’inclinaison et la prosternation sont, pour le serviteur, des états de soumission et d’abaissement ; il relève donc de la bienséance envers la Parole d’Allah de ne pas la réciter dans ces deux positions ; la station debout, le corps redressé, lui convient bien davantage. » (Madārij al-Sālikīn 2/401-402) (1).
218 – L’action du cœur dans la prière
– Ibn Mufliḥ a dit : « L’œuvre du cœur n’annule pas la prière ; telle est la position explicite de « W : M Sh » (2). Pour Ibn Ḥāmid, elle l’annule si elle se prolonge, et c’est aussi ce qu’a rapporté Ibn al-Jawzī. Notre Maître l’a affirmé et a ajouté : selon la première opinion, le fidèle n’est récompensé que pour ce qu’il accomplit intérieurement ; seules ses fautes équivalentes sont ainsi expiées, le reste exige encore une expiation. En effet, quiconque délaisse une obligation mérite une sanction ; un acte surérogatoire peut alors combler la lacune et parfaire la récompense. La suite de son propos viendra au sujet du jeûne surérogatoire (3). Il s’est appuyé sur la parole du Prophète ﷺ : « … sauf ce qu’il en a conçu dans son cœur », ainsi que sur cette parole : « Il est des hommes qui passent la nuit debout sans retirer de leur veille que la fatigue, et il en est qui jeûnent sans retirer de leur jeûne que la faim. » Autrement dit, il n’a obtenu que l’acquittement de sa responsabilité, alors que le jeûne a été légiféré pour atteindre la piété. Telle est son explication, tandis que, selon l’avis adopté, la prière n’est pas annulée tant qu’aucune obligation n’est omise ; sinon, elle devient caduque (4).
C’est pourquoi ils ont argumenté par le hadith : « Le diable se glisse entre lui et lui-même », ainsi que par sa prière.
(1) Al-Ikhtiyarat de al-Ba‘li (p. 89) ; voir aussi al-Fatawa (23/58-59).
(2) Dans l’édition 1 : (w : hs).
(3) Voir al-Furu‘ (4/104).
(4) Dans sa Hachiya sur al-Furu‘, Ibn Qundus explique que, selon l’avis refusant que le matrouk en cette question soit un wājib, si tel était un devoir, l’abandonner entraînerait la nullité de la prière. Or, l’absence de nullité en apporte la preuve : l’auteur, après avoir cité l’opinion d’Abu al-‘Abbas, écrit « car il a laissé un devoir », ce qui suggère que ce prieur aurait omis un wājib. Le commentateur précise donc que, selon l’avis retenu, il n’a pas omis un devoir ; si tel était le cas, l’acte serait nul, mais on admet qu’il ne l’est pas. Peut-être le lam initial de « baṭṭala » a-t-il été omis, pour donner : « l’avis est qu’il n’a pas laissé un wājib, sinon cela aurait été nul », c’est-à-dire : « si le matrouk était un wājib, l’acte serait nul ». Tel semble être le sens ici ; Dieu sait mieux.
Al-Mardāwī, dans Tashīḥ al-Furu‘, note : « Telle est la lecture dans la plupart des manuscrits, mais la forme correcte est in lam yatruk (en omettant le hā), attestée dans certains codex. »
(Fayda) Ibn Rajab, dans Fath al-Bārī (7/141-142), rapporte qu’Ahmad refusa de qualifier de sunna un quelconque acte ou parole de la prière, jugeant que distinguer sunna et fard était une bid‘a ; selon lui, tout élément de la prière est un fard et la prière n’est pas à refaire si l’on omet une sunna. De même, Malik rejeta la distinction fard/sunna, la considérant propre aux zindiq. Al-‘Abrī, dans Manaqib al-Shāfi‘ī, transmet d’après al-Wāsiṭī : « J’ai entendu al-Shāfi‘ī dire que, pour nous, toutes les composantes de la prière sont un fard. » Il ajoute qu’interrogé sur le ḥajj, il répondit : « Le ḥajj, du début à la fin, est un fard ; omettre l’une de ses conditions (iḥrām, wukūf à ‘Arafāt, ifāḍa) annule le pèlerinage. » Enfin, selon une version rapportée par son fils ‘Abd Allāh, l’imam Ahmad déclara : « Tout ce que Dieu a mentionné concernant la prière est un fard. » C’est un point marqué ḥasan.