Cela sous-entend que l’usage courant prévaut sur la réalité lexicale. Il se peut d’ailleurs que l’auteur vise la langue populaire plutôt que la langue littéraire, conformément à l’avis retenu dans l’école pour des cas analogues.
Ibn al-Hâjib, entre autres, rapporte que naʿam confirme ce qui le précède, qu’il s’agisse d’une affirmation ou d’une négation, d’une interrogation ou d’une simple énonciation ; ainsi, si l’on te dit : « Zayd s’est levé », ou : « Zayd ne s’est pas levé », ou encore : « Zayd ne s’est donc pas levé », et que tu réponds : naʿam, tu entérines la parole précédente. Cela, toutefois, relève de la langue, non de l’usage. Ne vois-tu pas que, si l’on t’interroge : « N’ai-je pas chez toi telle somme ? » et que tu réponds : naʿam, le juge t’obligerait à la verser, l’usage l’emportant alors sur la lettre de la langue ?
Il apparaît donc clairement que la coutume est systématiquement privilégiée, comme le laisse entendre, lui aussi, Shaykh Taqî ad-Dîn. [an-Nukat ʿalâ al-Muḥarrar : 2/415-417]
1588 – S’il dit : « Prends », ou : « Pèse(-la) », ou : « Mets-la à l’abri » :
Ibn Muflih déclare : « Sa phrase : “Ou bien il dit : Prends, ou : Pèse, ou : Mets-la à l’abri, ou : Ouvre ta manche” ne constitue pas un aveu. » Les maîtres de l’école en ont décidé ainsi, car ces expressions sont souvent employées sur le ton familier ou plaisantin, tout en pouvant signifier autre chose : « Prends la réponse », « Pèse(-toi) », « Mets-le à l’abri », ou : « Ouvre ta manche pour autre chose » ; or la responsabilité juridique (dhimma) ne naît pas d’une simple possibilité.
Shaykh Taqî ad-Dîn, cependant, dit : « L’avis correct est que ce qui est sous-entendu et omis ici est le mot “dirham”, selon l’option la plus solide dans le cas où il dit : “J’avoue” ; on rejoint ainsi l’exemple suivant, à savoir : “Prends-la.” Reste à savoir si la seule mise à disposition équivaut ou non à une confession, comme lorsqu’on dit : “Remets-moi les mille (dirhams) que tu me dois, que tu as chez toi”, et que l’autre répond : naʿam. Sur ce point, il existe donc trois opinions. » [an-Nukat ʿalâ al-Muḥarrar : 2/418]