Il poursuit : « Elle reconnut l’un d’eux, et il se présenta(1) avec deux témoins ; on les sépara. » Tous ces pronoms relèvent de l’unité ; cela t’indique que le rejet(2) ne provient pas du fait que deux hommes la revendiquaient alors qu’elle en a reconnu un seul. En réalité, le mariage est, selon lui, établi, mais il l’a annulé faute de tuteur. Ne vois-tu pas qu’il dit : « on les sépara » ? Or cette expression ne s’emploie que pour un mariage déjà contracté, non pour ce qui n’est pas prouvé. Rien, dans le récit, ne dit qu’elle se soit retrouvée en présence de l’homme qu’elle avait reconnu ; il s’ensuit que la formule « on les sépara » implique bien l’existence du lien.
Dès lors, l’annulation peut s’expliquer par le fait que la déposition a porté sur un contrat dépourvu de l’intervention du tuteur ; un tel témoignage n’est pas valide, comme l’a signalé le Qâḍî d’après le sens de ses propos. Il se peut encore que les témoins aient attesté un contrat conclu explicitement sans tuteur ; leur déposition soulignant l’absence de tuteur, il va de soi, pour lui, que le mariage est nul.
Il se peut également qu’une action en mariage dirigée contre la seule femme soit irrecevable ; elle ne l’est qu’à l’encontre de son tuteur conjointement avec elle. En effet, la femme, prise isolément, n’a pas la capacité d’offrir son mariage ni de l’admettre, comme le montrent ses paroles. C’est analogue au cas où l’on prétendrait qu’elle est esclave, dans l’une des deux versions, puisque c’est le tuteur — et non la femme — qui conclut le contrat. Dès lors, la demande formée contre elle équivaut à une action intentée contre un incapable pour une vente, ou contre l’un des deux exécuteurs testamentaires pour la vente d’un bien.
Si cette action est irrecevable et que la déposition produite vise une personne qui n’est pas partie au litige(3), on se trouverait à rendre un jugement au sujet d’un tuteur absent de l’audience alors qu’il pourrait s’y présenter, ce qui est invalide ; ou bien parce que le témoignage ne le concerne pas, auquel cas il n’est recevable qu’en sa présence. On les sépare donc tant que le mariage n’est pas établi — ou en raison de la preuve de sa nullité. Ne vois-tu pas qu’il a dit