du contradicteur (al-khaṣm), et la distinction que le ḥadith établit à propos du khaṣm confirme ce que j’ai exposé. Il arrive, en effet, que l’on intente un procès à quelqu’un qui n’est pas notre ennemi, et l’on peut vouer de l’hostilité à une personne qui n’est pas notre adversaire au tribunal. Or le khaṣm n’est autre que le demandeur ou le défendeur ; son témoignage a donc la valeur de la déposition d’une partie demanderesse ou défenderesse.
Il ne faut donc pas comprendre de cela que quiconque a déjà plaidé, fût-ce une seule fois, contre quelqu’un ne pourrait plus jamais témoigner contre lui dans une autre affaire, dès lors que leur seul lien tient à cette instance judiciaire. Plaider à propos d’un point précis revient à débattre d’une question de science ; il se peut que les deux parties connaissent la vérité et qu’aucune n’accuse l’autre d’injustice, comme dans les litiges relatifs aux successions ou aux obligations contractuelles. Il s’agit là d’un des deux types de jugement : celui qui vise à établir un droit sans contestation, sans preuve et sans serment.
Il est donc impossible d’imputer à Aḥmad une telle opinion ; il a plutôt voulu — Allah sait mieux — que celui qui a plaidé une cause et vient ensuite en témoigner voit son témoignage rejeté, car il est comparable à celui dont la déposition a été écartée pour suspicion et qui la répète une fois le soupçon levé. Ici, le plaideur est requérant ; s’il témoigne par la suite, sa déposition revient à confirmer sa prétention initiale.
Plusieurs situations relèvent de cette règle :
– il plaide pour des droits réels qui lui appartiennent, puis la chose litigieuse passe à un tiers et il vient témoigner ;
– il est tuteur d’un orphelin, d’un waqf ou assimilé, plaide dans l’intérêt de son administré, puis cesse d’être tuteur et témoigne ;
– il est mandataire, plaide pour son mandant, son mandat prend fin et il témoigne sur l’objet même du litige.
Ainsi, lorsque l’on affirme que le témoignage de l’ennemi n’est pas recevable, cela ne concerne que celui qui nourrit effectivement une inimitié. Quant au voyageur dépouillé qui témoigne contre le brigand qui l’a attaqué, l’objection n’a pas de sens : ce raisonnement reviendrait à empêcher toute victime de déposer contre son oppresseur, alors même qu’aucun élément ne fait naître, à son encontre, le moindre soupçon.