qu’il en informe un autre juge afin que celui-ci statue sur cette base, de même que l’on informe les témoins dits « secondaires » par la déposition des témoins originels. Tout cela n’est valable que si la plainte et la preuve ont été recueillies en l’absence de toute partie adverse. Il en découle que tout ce qui peut être établi par un témoignage de second degré peut l’être également par l’acte écrit du juge ; en effet, les gens ont besoin de faire constater leurs droits par la décision des juges tout comme par la déposition des témoins substituts, et la constatation judiciaire est plus avantageuse, car elle dispense de l’examen des témoins. Ils ont aussi besoin d’un jugement qui écarte tout doute ou tout différend potentiel (1) ; en réalité, ils ne craignent que l’apparition ultérieure d’un adversaire. ⦗al-Furûʿ 6/524-526 (11/266-269)⦘.
– Il a dit encore : « Le shaykh Taqî ad-Dîn a déclaré : Lorsque le droit en question est perpétuel (2) – tel un waqf (bien pieux) ou assimilé – et que l’on craint, faute de preuves conservées, que sa condition soit oubliée ou reniée, alors le fait d’entendre la plainte et le témoignage en l’absence d’adversaire préserve le droit existant face à un adversaire seulement éventuel ; c’est là l’un des objectifs du jugement. C’est pourquoi certains groupes parmi les ḥanafites, les shaféites et les ḥanbalites l’admettent (3).
Quant à celui qui estime que la justice n’a d’utilité que pour trancher un litige, il en conclut que, faute de litige, il n’y a pas de jugement ; de là, il n’accepte la preuve qu’en présence d’un défendeur, afin que le litige se manifeste. Celui qui préconise un “adversaire fictif” ne fait que susciter le mal pour le couper aussitôt, tandis que celui qui admet l’audition sans adversaire préserve le droit existant et laisse de côté un mal encore inexistant. »
– Il a ajouté : « Il arrive aussi que la plainte ne soit qu’une simple information, sans qu’elle soit assortie d’une demande de délai, comme lorsqu’on allègue… »
(1) À l’édition 2 : «li-dafʿ», lecture confirmée tant à l’édition 1 que dans le manuscrit (p. 390).
(2) En note marginale de al-Nukat : (au manuscrit original, Ibn Shaykh al-Salamiyya rapporte de Shaykh Taqi al-Din : «wa-idha kana al-haqq fi yadi sahibihi» (si la vérité est entre les mains de celui qui en est le véritable titulaire), lecture préférable).
(3) En note marginale de al-Nukat : (rapporté par Ibn Shaykh al-Salamiyya d’après Shaykh Taqi al-Din : «fa-dhalika yusma‘u dhalika wa man qala min al-fuqaha: la yusma‘u kama yaquluhu tawa’if …» (et c’est pourquoi on écoute cela ; quant à ceux des fuqaha qui affirment qu’on ne l’écoute pas, comme le soutiennent certains groupes…)).
يعلم به حاكما آخر ليحكم به، كما يعلم الفروع بشهادة الأصول، وهذا كله إنما يصح إذا سمعت الدعوى والبينة في غير وجه خصم، وهو يفيد أن كل ما يثبت بالشهادة على الشهادة يثبته القاضي بكتابه، ولأن الناس بهم حاجة إلى إثبات حقوقهم بإثبات القضاة، كإثباتها بشهادة الفروع، وإثبات القضاة أنفع، لأنه كفى مؤنة النظر في الشهود، وبهم حاجة إلى الحكم فيما فيه شبهة أو خلاف يدفع (١) وإنما يخافون من خصم حادث) [الفروع ٦/ ٥٢٤ - ٥٢٦ (١١/ ٢٦٦ - ٢٦٩)].
- وقال أيضا: (وقال الشيخ تقي الدين: وإذا كان الحق مؤبدا (٢)، كالوقف وغيره، ويخاف إن لم يحفظ بالبينات أن ينسى شرطه أو يجحد ولا بينة ونحو ذلك، فهنا في سماع الدعوى والشهادة من غير خصم حفظ الحق الموجود عن خصم مقدر، وهذا أحد مقصودي القضاء، فلذلك يسمع طوائف من الحنفية والشافعية والحنابلة (٣)، فعنده ليس للقضاء فائدة إلا فصل الخصومة، ولا خصومة فلا قضاء، فلذلك لا تسمع البينة إلا في وجه مدعًى عليه، لتظهر الخصومة، ومن قال بالخصم المسخر فإنه ينصب الشر ثم يقطعه، ومن قال: يسمع، فإنه يحفظ الحق الموجود، ويذر الشر المفقود.
وقال أيضًا: وتارة تكون الدعوى خبرا ليس معها طلب أجل، كالإدعاء
(١) في ط ٢: (لدفع)، والمثبت من ط ١ والنسخة الخطية (ص ٣٩٠).
(٢) في حاشية «النكت»: (بهامش الأصل: الذي نقله ابن شيخ السلامية عن الشيخ تقي الدين: «وإذا كان الحق في يد صاحبه» وهو أحسن).
(٣) في حاشية «النكت»: (الذي نقله ابن شيخ السلامية عن الشيخ تقي الدين: «فلذلك يسمع ذلك ومن قال من الفقهاء: لا يسمع كما يقوله طوائف .. الخ»).