par des témoignages de second degré, comme l’ont indiqué certains de nos condisciples. À l’inverse, on peut aussi entendre la plainte et la preuve sans défendeur, ainsi que l’ont soutenu un groupe de mâlikites et de shaféites ; tel est, en plusieurs passages, le sens des propos de l’Imâm Aḥmad et de nos maîtres. En effet, nous recevons la plainte et la preuve dirigées contre l’absent ou le récalcitrant, et même contre celui qui, bien que présent dans la ville, refuse de comparaître selon le texte (1) ; à plus forte raison cela vaut-il lorsque nul adversaire n’est identifié.
Seul celui qui exige la présence de la partie adverse pour la plainte comme pour la preuve a dit : « En présence de deux adversaires, il est permis d’entendre et d’admettre la preuve présentée par l’un contre l’autre », puis il a recouru à un artifice pour ne réaliser cela qu’en apparence, non en réalité. Par ailleurs, le juge entend la plainte et la preuve hors de la présence d’un défendeur afin d’en adresser le constat écrit à un autre juge.
Il ajoute : « Nos condisciples estiment que la lettre du qâḍî équivaut aux témoins de second degré. » Ils expliquent que le juge destinataire statue sur la base d’un acte qui tient lieu d’un autre ; en effet, l’information transmise d’un juge à un autre remplace celle que fourniraient deux témoins. Ils ont ainsi considéré tant la lettre du juge que les témoins de second degré comme des substituts se tenant à la place d’autrui, en remplacement des témoins originels. Ils ont assimilé l’écrit du juge à une adresse verbale ; s’ils ont privilégié la forme épistolaire, c’est seulement parce que, le plus souvent, les juges sont géographiquement éloignés ; autrement, s’ils se trouvaient dans la même localité, une communication orale de l’un à l’autre primerait sur l’écrit.
Et ils ont bâti cette opinion sur le principe que le juge établit, par témoignage, tout ce sur quoi il n’a pas encore statué, et que
(1) Dans sa Marginalia sur al-Furu’, Ibn Qundus explique que ce que mentionne ici al-Mansus concernant l’audition de la partie demanderesse et la charge de la preuve sur la partie présente dans la localité correspond à l’opinion validée par l’auteur d’al-Muharrar. Quant à ce que l’auteur expose dans le chapitre portant sur les modalités de jugement, il s’agit du principe de non-audition ; puis il ajoute : « Certains affirment qu’on auditionne les deux parties et qu’on statue, tandis que d’autres estiment que seul le jugement est impossible. » Dans al-Muharrar, cette dernière position est jugée la plus solide. Il apparaît que cette mention d’al-Mansus relève du propos de cheikh Taqi al-Din, puisqu’elle s’insère dans son argumentation. Or, ce qui fait autorité chez cheikh Taqi al-Din n’est pas nécessairement celui du compendium, de sorte qu’il n’y a pas de contradiction avec ce qu’a exposé l’auteur dans le chapitre des modalités de jugement.
كما ذكره من ذكره من أصحابنا، وإما أن تسمع الدعوى والبينة بلا خصم، كما ذكر طائفة من المالكية والشافعية، وهو مقتضى كلام الإمام أحمد وأصحابنا في مواضع، لأنا نسمع الدعوى والبينة على الغائب والممتنع، وكذا الحاضر في البلد في المنصوص (١)،
فمع عدم خصم أولى، وإنما قال: بمحضر من خصمين جاز استماع وقبول البينة من أحدهما على الآخر من اشترط حضور الخصم في الدعوى والبينة، ثم احتال لعمل ذلك صورة بلا حقيقة، ولأن الحاكم يسمع الدعوى والبينة في غير وجه خصم ليكتب به إلى حاكم آخر.
قال: وقال أصحابنا: كتاب الحاكم كشهود الفرع، قالوا: لأن المكتوب إليه يحكم بما قام مقام غيره؛ لأن إعلام القاضي للقاضي قائم مقام إعلام الشاهدين، فجعلوا كل واحد من كتاب الحاكم وشهود الفرع قائما مقام غيره، وهو بدل عن شهود الأصل، وجعلوا كتاب القاضي كخطابه، وإنما خصوه بالكتاب لأن العادة تباعد الحاكمين، وإلا فلو كانا في محل واحد كان مخاطبة أحدهما للآخر أبلغ من الكتاب.
وبنوا ذلك على أن الحاكم يثبت عنده بالشهادة ما لم يحكم به، وأنه
(١) قال ابن قندس في «حاشيته على الفروع»: (الذي ذكره المنصوص هنا من سماع الدعوى والبينة على الحاضر في البلد هو الذي صححه صاحب «المحرر» فيه، والذي قدمه المصنف في باب طريق الحكم: عدم السماع، ثم قال: «وقيل: يسمعان، ويحكم عليه، وعنه: يمتنع الحكم فقط»، قال في «المحرر»: وهو الأصح.
والذي يظهر أن ذكر المنصوص هنا من جملة كلام الشيخ تقي الدين، لأنه في سياق كلامه، وإذا كان هو المرجح عند الشيخ تقي الدين لا يلزم أن يكون المرجح عند المصنف، فلا يعارض ما قدمه المصنف في باب طريق الحكم).