Notre maître — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit :
« Dans ce domaine, certains détenteurs de l’autorité ont fait preuve de négligence, d’autres ont commis des exactions, si bien que la vérité est devenue méconnue et que les créatures sont victimes d’injustice. Le mot sharʿ ne correspond donc plus à sa signification première ; à notre époque, il recouvre trois acceptions :
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Ash-sharʿ al-munazzal (la Loi révélée) : le Coran et la Sunna. S’y conformer est obligatoire, et quiconque s’en écarte doit être combattu. Cette Loi englobe les fondements et les branches de la religion, la politique des émirs, l’administration des biens publics, la sentence du juge, l’autorité des maîtres spirituels, la mission des agents de la ḥisba, et tout le reste. Tous ces acteurs sont tenus de juger selon la Loi révélée et de ne jamais s’en écarter.
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Ash-sharʿ al-muʾawwal (la Loi interprétée) : c’est le champ de la divergence et de l’ijtihâd entre les imams. Quiconque adopte une opinion dans laquelle l’ijtihâd est recevable garde son choix, et il n’est pas imposé à l’ensemble des gens de le suivre, sauf si une preuve irréfutable tirée du Livre d’Allah et de la Sunna de Son Messager les y contraint.
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Ash-sharʿ al-mubaddal (la Loi altérée) : tel ce qui repose sur de faux témoignages ou se juge dans l’ignorance et l’injustice, ou encore ce pour quoi l’on ordonne un aveu mensonger destiné à faire perdre un droit — par exemple, conseiller à un malade de reconnaître à l’un des héritiers un bien qui ne lui appartient pas afin de léser les autres héritiers. Ordonner cela est illicite, en témoigner est illicite, et si le juge connaît la réalité de l’affaire, voit qu’elle n’est pas conforme à la vérité et statue malgré tout, il est injuste et pécheur ; s’il ignore la réalité, il n’encourt pas de faute.
Le maître des juges — paix et salut sur lui — a en effet dit dans le ḥadith unanimement reconnu : « Vous portez vos litiges devant moi ; il se peut que l’un de vous soit plus éloquent que l’autre dans son plaidoyer et que je juge d’après ce que j’entends. Si je donne ainsi à quelqu’un un droit qui appartient en réalité à son frère, qu’il ne le prenne pas : je ne lui attribue en vérité qu’un morceau de Feu. »