Ibn Jarir At-Tabari
ابن جرير الطبري
À propos de l'auteur
Nom complet : Abou Ja'far Muhammad ibn Jarîr ibn Yazîd ibn Kathîr ibn Ghâlib at-Tabarî.
Naissance et décès : Il est né durant l'hiver de 224-225 H (838-839) à Âmul, dans la province du Tabaristân (à environ 20 km au sud de la mer Caspienne, dans l'actuel Iran). Il mourut le samedi 26 Shawwâl 310 H (17 février 923) à Bagdad, à environ 85 ans, qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Sa place dans la Oumma : Il porte le titre d'Imâm al-Mufassirîn (l'imam des exégètes), un titre qu'aucun autre savant n'a reçu après lui. An-Nawawî (رحمه الله) dit : « La Oumma est unanime que personne n'a composé d'ouvrage comparable à celui d'Ibn Jarîr. » Il fit une contribution distincte à la consolidation de la pensée sunnite au IXe siècle. Il condensa la vaste richesse de l'érudition exégétique et historique des générations précédentes de savants musulmans et posa les fondations des sciences coraniques et historiques.
Sa jeunesse prodigieuse : Il mémorisa le Coran à sept ans, fut imam de prière à huit ans, et commença l'étude des traditions prophétiques à neuf ans. SubhânAllâh, quel prodige ! Son père, un propriétaire terrien, perçut très tôt l'intelligence de son fils et consacra ses revenus modestes à financer son parcours scientifique. Il quitta sa ville natale pour étudier à l'âge de douze ans seulement, en 236 H.
Ses voyages en quête de science : Il se rendit d'abord à Rayy (Rhagès), où il demeura environ cinq ans, étudiant auprès d'Abou 'Abd Allâh Muhammad ibn Humayd ar-Râzî, par qui il fut initié à l'histoire pré-islamique et islamique à travers les œuvres d'Ibn Ishâq. Il voyagea ensuite à Bagdad pour étudier auprès d'Ahmad ibn Hanbal, mais celui-ci était décédé peu avant son arrivée. Il parcourut ensuite les villes de Basra, Koufa et Wâsit, où il rencontra de nombreux savants éminents. En 253 H, il arriva en Égypte où il étudia auprès des plus grands savants des madhhabs mâlikite et shâfi'ite, dont l'imam al-Muzanî et ar-Rabî' ibn Sulaymân, les célèbres élèves de l'imam ash-Shâfi'î.
En plus de son étude du fiqh hanafite, at-Tabarî étudia également les écoles shâfi'ite, mâlikite et zâhirite. Il étudia cette dernière auprès du fondateur lui-même, Dâwûd az-Zâhirî.
Son madhhab : Après avoir maîtrisé toutes les écoles, at-Tabarî fonda son propre madhhab, habituellement désigné sous le nom d'école jarîriyya. Il avait atteint le rang de l'ijtihâd absolu, et certains savants suivirent son école pendant un temps, avant qu'elle ne s'éteigne progressivement.
Son caractère et son zuhd : Il se caractérisait par l'honnêteté et l'ascèse. Il se limitait aux revenus de son propre jardin hérité de son père et refusait tout cadeau des rois et des gouverneurs. Ibn Kathîr dit de lui : « C'était un adorateur, un ascète, un pieux, faisant ce qui est juste, de sorte qu'il ne craignait personne, et c'était un homme d'une grande droiture. » Il était connu pour sa bonne manière de parler et ne cherchait jamais à blesser quiconque. Il n'était arrogant ni devant ses amis, ni devant ses collègues, ni devant ses étudiants.
Ses œuvres : Il produisit une œuvre colossale. On estime qu'il écrivit environ 600 000 pages au cours de sa vie. Ses deux ouvrages majeurs sont parmi les plus importants de toute l'histoire de l'islam :
Jâmi' al-Bayân 'an Ta'wîl Ây al-Qur'ân (Tafsîr at-Tabarî) — Le roi des tafsîrs, et la référence par excellence de l'exégèse coranique. Cheikh al-Islâm Ibn Taymiyya (رحمه الله) dit de lui : « Concernant les tafsîrs en circulation parmi les gens, le plus sain d'entre eux est le Tafsîr de Muhammad ibn Jarîr at-Tabarî, car il mentionne les avis des Salaf avec des isnâds authentiques, il ne contient pas de bid'a, et il ne transmet pas de rapports de sources douteuses. » Sa méthode consistait à suivre le texte coranique mot par mot, juxtaposant toutes les explications juridiques, lexicographiques et historiques transmises dans les rapports du Prophète ﷺ, de ses Compagnons et de leurs successeurs. Il dit à ses élèves : « Êtes-vous prêts à écrire mon cours de tafsîr du Coran entier ? » Ils demandèrent la longueur. « 30 000 pages ! » répondit-il. Ses élèves dirent que cela prendrait trop longtemps. Il le réduisit donc à 3 000 pages, et il lui fallut sept ans pour le terminer (de 283 H à 290 H).
Târîkh ar-Rusul wa al-Mulûk (Târîkh at-Tabarî) — C'est, de l'avis unanime, l'histoire universelle la plus importante produite dans le monde de l'islam. Elle couvre l'histoire du monde depuis la création jusqu'à l'an 302 H, passant par les prophètes, les nations anciennes, la vie du Prophète ﷺ, les califes ar-Râshidûn, les Omeyyades et les Abbassides. L'ouvrage est présenté de manière annalistique, avec des isnâds pour chaque rapport, une méthodologie qui apporta la rigueur des sciences du hadith au domaine de l'histoire.
Tahdhîb al-Âthâr — Un ouvrage sur les traditions transmises des Compagnons du Prophète ﷺ, qu'il n'eut malheureusement pas le temps de terminer.
Sarîh as-Sunna — Un court traité sur la 'aqîda dans lequel il expose les fondements de la croyance d'Ahl as-Sunna.
Il écrivit également des ouvrages de fiqh, de qirâ'ât et dans d'autres sciences.
Ses épreuves : Il souffrit une épreuve sévère dans ses derniers jours en raison de divergences doctrinales à Bagdad. Certains hanbalites extrémistes de la capitale l'accusèrent de pencher vers le chiisme — une accusation totalement infondée — et cela créa des tensions qui l'amenèrent à vivre ses derniers jours assiégé dans sa maison. En raison de cette hostilité, il existe des récits divergents sur son enterrement : certaines sources indiquent qu'il fut enterré secrètement de nuit pour éviter l'interférence de la foule. Il fut enterré dans sa propre maison à Bagdad. Qu'Allâh lui fasse miséricorde et pardonne à ceux qui lui ont fait du tort.
Son décès : Il mourut en Shawwâl 310 H à Bagdad, après une vie de près de 85 ans entièrement consacrée à la science, à l'enseignement et à l'écriture. Malgré la controverse qui entoura sa mort, ses contributions furent immédiatement reconnues : ses élèves continuèrent à enseigner et transmettre ses œuvres, et des copies de ses ouvrages majeurs commencèrent à circuler dans tout le monde musulman. Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : L'imam at-Tabarî est l'un des plus grands savants que cette Oumma ait connus. Son Tafsîr est le fondement sur lequel reposent tous les tafsîrs qui vinrent après lui — celui d'Ibn Kathîr, d'al-Baghawî, d'al-Qurtubî et de tant d'autres. Son Târîkh est la source première de notre connaissance de l'histoire islamique ancienne. Il réunit en lui ce que peu de savants ont réuni : la maîtrise du tafsîr, du hadith, du fiqh, de l'histoire, de la qirâ'a et de la langue arabe, tout en vivant dans le zuhd et l'ascèse. Ibn al-Athîr dit de lui : « Abou Ja'far est le plus précis de ceux qui ont rapporté l'histoire. Son tafsîr témoigne de l'abondance de sa recherche et de sa vérification. Il était un mujtahid dans les règles de la religion et n'imitait personne. » Quiconque veut comprendre le Coran selon la compréhension des Salaf as-Sâlih ne peut se passer de son Tafsîr. C'est la porte d'entrée vers la compréhension la plus authentique du Livre d'Allâh.
