Abu Hamid al-Ghazali
أبو حامد الغزالي
À propos de l'auteur
Nom complet : Abou Hâmid Muhammad ibn Muhammad ibn Muhammad at-Tûsî al-Ghazâlî.
Naissance et décès : Il est né vers 450 H (1058) à Tûs, dans le Khorasân (actuel Iran), et il est décédé le 19 décembre 1111 (14 Jumâdâ ath-Thâniya 505 H) dans sa ville natale, qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Sa place dans la Oumma : Il est considéré comme le mujaddid (rénovateur) du Ve siècle hégirien. Ses contemporains lui attribuèrent le titre de Hujjat al-Islâm (la Preuve de l'Islam) en raison de l'étendue de sa science. Il était un mujtahid dans l'école shâfi'ite, un théologien de la voie ash'arite, et il s'orienta vers le tasawwuf (soufisme) dans la seconde partie de sa vie.
Sa formation : Il étudia d'abord dans sa ville natale de Tûs, puis à Jurjân, et enfin à Nîsâbûr où son professeur était l'imam al-Juwaynî, surnommé Imâm al-Haramayn. Sous la tutelle de ce dernier, il acquit une maîtrise approfondie du fiqh shâfi'ite, de la théologie (kalâm) et de la philosophie. Après la mort d'al-Juwaynî, il se rendit à la cour du puissant vizir seldjoukide Nizâm al-Mulk.
Sa carrière à Bagdad : En 1091, Nizâm al-Mulk, impressionné par son érudition, le nomma professeur principal à la Nizâmiyya de Bagdad, le poste académique le plus prestigieux du monde musulman à l'époque. Il enseignait à plus de 300 étudiants, tout en étudiant et en réfutant les philosophies néoplatoniciennes d'al-Fârâbî et d'Ibn Sînâ (Avicenne).
Sa crise spirituelle et son retrait : Il traversa une crise spirituelle profonde qui le rendit physiquement incapable d'enseigner. En novembre 1095, il abandonna sa carrière et quitta Bagdad. Il se défit de ses biens, adopta une vie d'ascèse et voyagea à Damas, Jérusalem et La Mecque. Ce retrait dura environ dix ans, durant lesquels il se consacra à la méditation, à l'adoration et à l'écriture. Il relata cette expérience dans son autobiographie Al-Munqidh min ad-Dalâl (Le Sauveur de l'égarement).
Ses œuvres majeures :
Ihyâ' 'Ulûm ad-Dîn (La revivification des sciences de la religion) — Son œuvre magistrale, composée de 40 livres couvrant les actes d'adoration, les usages de la vie quotidienne, les vices destructeurs et les vertus salvatrices. C'est l'un des livres les plus lus dans l'histoire de l'islam après le Coran et les recueils de hadiths. Cependant, il faut noter que des savants du hadith comme Ibn al-Jawzî et al-'Irâqî ont relevé que cet ouvrage contient de nombreux hadiths faibles (da'îf) et même certains sans chaîne de transmission connue (lâ asla lahu). Ibn al-Jawzî retravailla le contenu de l'ouvrage et produisit le Minhâj al-Qâsidîn, qu'Ibn Qudâma al-Maqdisî résuma ensuite dans son Mukhtasar Minhâj al-Qâsidîn, débarrassé des contenus problématiques. Ce dernier ouvrage est souvent recommandé comme alternative plus sûre.
Tahâfut al-Falâsifa (L'incohérence des philosophes) — Une réfutation majeure des philosophes musulmans influencés par la philosophie grecque, en particulier al-Fârâbî et Ibn Sînâ, sur des questions comme l'éternité du monde, la connaissance divine des particuliers et la résurrection corporelle. Ce livre eut un impact considérable et suscita la réponse d'Ibn Rushd dans son Tahâfut at-Tahâfut.
Al-Mustasfâ min 'Ilm al-Usûl — Un ouvrage de référence en usûl al-fiqh (fondements de la jurisprudence).
Al-Iqtisâd fî al-I'tiqâd et Al-Munqidh min ad-Dalâl — Des ouvrages sur la 'aqîda et son parcours intellectuel.
Points de divergence : En toute honnêteté, il convient de mentionner que l'imam al-Ghazâlî est un savant au sujet duquel les avis des 'ulamâ divergent. Si beaucoup ont loué son intelligence, sa piété et son ascèse, d'autres savants lui ont reproché plusieurs choses : son orientation vers le tasawwuf et certaines pratiques soufies, l'intégration de concepts philosophiques dans ses ouvrages de 'aqîda, les hadiths faibles et forgés dans le Ihyâ', et son manque de maîtrise dans les sciences du hadith par rapport aux spécialistes. Cheikh al-Islâm Ibn Taymiyya (رحمه الله) et son élève Ibn al-Qayyim (رحمه الله) ont commenté ses œuvres de manière détaillée, reconnaissant certains de ses mérites tout en corrigeant ses erreurs en matière de 'aqîda et de tasawwuf. Adh-Dhahabî (رحمه الله) lui aussi lui rendit hommage pour son intelligence et sa piété tout en signalant ses excès dans la philosophie et le soufisme.
Son décès : Il revint à Tûs où il mourut en 505 H (1111). On rapporte que ses dernières paroles furent empreintes de soumission à Allâh. Qu'Allâh lui pardonne et lui fasse miséricorde.
Son héritage : Al-Ghazâlî reste une figure incontournable de l'histoire intellectuelle de l'islam. Son Tahâfut al-Falâsifa est un service rendu à la Oumma en réfutant les philosophes, même si sa méthodologie en 'aqîda a été critiquée. Son appel à la sincérité dans l'adoration, à la purification du cœur et au délaissement du bas monde reste un rappel bénéfique. Le musulman sage prend de ses œuvres ce qui est conforme au Coran et à la Sunna, selon la compréhension des Salaf, et délaisse ce qui s'en éloigne, tout en lui faisant du'â.
