Kamal al-Din Ibn al-Humam
الكمال بن الهمام
À propos de l'auteur
Nom complet : Kamâl ad-Dîn Muhammad ibn Humâm ad-Dîn 'Abd al-Wâhid ibn al-Qâdî Hamîd ad-Dîn 'Abd al-Hamîd ibn al-Qâdî Sa'd ad-Dîn Mas'ûd as-Sîwâsî al-Iskandarî al-Qâhirî al-Hanafî, connu sous le nom d'Ibn al-Humâm.
Naissance et décès : L'imam naquit en l'année 790 H — selon as-Sakhâwî qui le lut de sa propre main ; al-Maqrîzî et Ibn Taghrî Birdî disent en 788 ou 789 H — à Alexandrie. Il mourut en 861 H (1457) au Caire, qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Sa nisba : Son origine est de Sîwâs — la célèbre ville d'Anatolie centrale (dans l'actuelle Turquie) qui fut un important centre du savoir hanafite. Sa famille appartenait à l'aristocratie judiciaire : son père était qâdî d'Alexandrie, son grand-père et son arrière-grand-père étaient qâdîs de Sîwâs. Il est ainsi issu de trois générations de juges, et sa nisba « as-Sîwâsî » renvoie à cette origine familiale anatolienne, puis « al-Iskandarî » (d'Alexandrie) à sa naissance, et « al-Qâhirî » (du Caire) à son lieu d'établissement.
Sa place dans la Oumma : Ibn al-Humâm (رحمه الله) est sans conteste l'un des plus grands savants hanafites de toute l'histoire, et même de l'islam en général. Il atteignit le rang de mujtahid à l'intérieur du madhhab hanafite, et certains savants le considérèrent même comme un mujtahid indépendant dans certaines questions. C'était un imam, parmi les savants hanafites, connaissant les fondements de la religion, le tafsîr, les farâ'id, le fiqh, le calcul, la langue, la musique et la logique. Son origine est de Sîwâs, il naquit à Alexandrie, excella au Caire, séjourna à Alep un temps, résida dans les deux Saintes Cités (Mekka et Médine), puis fut Sheikh des cheikhs de la Khânqâh ash-Shaykhûniyya en Égypte. Il était vénéré par les rois et les dignitaires. Il mourut au Caire.
Il était un imam dans les fondements, le tafsîr, le fiqh, les farâ'id, le calcul, le tasawwuf, la grammaire, la morphologie, la rhétorique, la figure de style, la logique, la dialectique... Cette liste de disciplines qu'il maîtrisait est à elle seule un témoignage de son génie.
Son enfance et sa formation : Son père mourut — il était qâdî d'Alexandrie — alors qu'il avait environ dix ans. Il grandit sous la tutelle de sa grand-mère maternelle, qui était une maghrébine vertueuse qui mémorisait une grande partie du Coran. Il arriva avec elle au Caire, y mémorisa le Coran complet auprès du Cheikh Shihâb ad-Dîn al-Haythamî — qui le décrivait par « l'intelligence extrême, la raison parfaite et la sérénité ».
Il mémorisa ensuite al-Qudûrî en fiqh hanafite, al-Manâr en usûl al-fiqh, al-Mufassal d'az-Zamakhsharî en grammaire, et l'Alfiyya d'Ibn Mâlik.
Ses professeurs : Ibn al-Humâm étudia auprès des plus grands savants de son époque — tous madhhabs confondus :
- Le hâfiz Ibn Hajar al-'Asqalânî (رحمه الله) — le célèbre muhaddith shâfi'ite, auteur du Fath al-Bârî, dont il entendit le hadith
- Al-'Izz ibn Jamâ'a
- Jalâl ad-Dîn al-Hindî
- Al-Walî al-'Irâqî — fils du hâfiz al-'Irâqî
- Al-Bisâtî al-Mâlikî — dont il prit les fondements de la religion
- Al-Kamâl ash-Shumunnî al-Mâlikî — auprès duquel il prit le hadith
- Sirâj ad-Dîn Qâri' al-Hidâya — le grand faqîh hanafite auprès duquel il lut intégralement al-Hidâya en 818 et 819 H, et qui lui profita considérablement
- Al-'Izz 'Abd as-Salâm al-Baghdâdî — en logique
- Qutb ad-Dîn al-Abraqûhî — auprès duquel il prit le Sharh al-Mawâqif ; Ibn al-Humâm disait de lui : « Il n'y avait parmi mes cheikhs personne de plus intelligent que lui. »
- Humâm ad-Dîn al-Khwârizmî — en Sharh al-Kashshâf
- Badr ad-Dîn al-Aqsarâ'î — dans le tafsîr
Il voyagea également à Jérusalem et étudia auprès de ses savants, et accomplit plusieurs pèlerinages à La Mecque.
Sa reconnaissance : Le Sheikh devint un exemple proverbial de beauté extraordinaire conjuguée à la pudeur, de belle voix conjuguée à la piété, d'éloquence et de droiture dans la recherche avec bon comportement, d'entraînement spirituel et de générosité. Il continua à monter dans les degrés de la perfection jusqu'à devenir un savant polyvalent, un 'allâma accompli. Il enseigna, émit des fatwas, fut utile, et les gens se consacrèrent à lui. Son affaire fut célèbre, son nom fut glorifié.
La première grande fonction qu'il occupa fut l'enseignement du fiqh à la coupole al-Mansûriyya. On organisa alors une séance d'intronisation en présence de ses cheikhs, parmi lesquels Ibn Hajar al-'Asqalânî, al-Bisâtî, al-Badr al-Aqsarâ'î et d'autres. Le Sheikh refusa de s'asseoir à la place d'honneur par respect — malgré l'insistance des assistants — et s'assit plutôt à la place du lecteur. Il parla dans cette séance sur la parole d'Allâh « Il donne la sagesse à qui Il veut » et dit : « Le discours sur ce verset viendra comme il doit venir, non comme il est obligatoire. » Il démontra une compétence extraordinaire dans les sciences, au point que les gens reconnurent l'étendue de son savoir et se soumirent à lui.
Puis al-Imâm Ibn Hajar prit la parole et décrivit le savoir du Sheikh Ibn al-Humâm et sa polyvalence. Al-Bisâtî dit : « Laissez-le parler et délectez-vous de son discours, car il dit ce à quoi rien ne ressemble. » SubhânAllâh — recevoir un tel éloge de la part du hâfiz Ibn Hajar al-'Asqalânî !
Son ascétisme et sa piété : Ibn al-Humâm (رحمه الله) combinait d'une manière remarquable la science encyclopédique et le zuhd (détachement). Le sultan al-Ashraf Barsbây le nomma Sheikh à la Madrasa al-Ashrafiyya après avoir démis 'Alâ' ad-Dîn 'Alî ibn Mûsâ ar-Rûmî, et le convoqua le mardi 24 Rabî' al-Âkhira 829 H, lui fit revêtir les habits d'honneur. Plus tard, il fut Sheikh des cheikhs de la Khânqâh ash-Shaykhûniyya — l'une des plus prestigieuses institutions soufi-scientifiques du Caire.
Son rang auprès de ses contemporains : Une preuve du rang exceptionnel d'Ibn al-Humâm : son contemporain le hâfiz Ibn Hajar al-'Asqalânî — pourtant plus âgé et déjà le plus grand muhaddith de son époque — se déplaçait pour assister à son intronisation à la Madrasa al-Mansûriyya. Et al-Bisâtî al-Mâlikî, cheikh des mâlikites d'Égypte, disait : « Il dit ce à quoi rien ne ressemble. »
Ses œuvres : Ibn al-Humâm (رحمه الله) composa des œuvres marquantes dans plusieurs disciplines :
Fath al-Qadîr Sharh al-Hidâya (L'Ouverture du Tout-Puissant, commentaire de al-Hidâya) — Son chef-d'œuvre absolu en fiqh hanafite. C'est son commentaire magistral de al-Hidâya d'al-Marghînânî, l'un des textes fondamentaux du madhhab hanafite. Publié en dix volumes, ce commentaire se distingue par :
- La profondeur de l'analyse fiqhique et l'intégration du hadith avec takhrîj et critique des chaînes.
- L'ijtihâd de l'auteur — Ibn al-Humâm n'hésite pas à s'opposer aux positions du madhhab lorsque la preuve l'exige. C'est l'un des rares ouvrages hanafites où l'auteur dépasse le madhhab au nom de la preuve.
- Le fiqh comparé — il cite systématiquement les positions des shâfi'ites, mâlikites et hanbalites.
- L'usûl al-fiqh appliqué — il démontre comment chaque règle dérive de son principe.
Ibn al-Humâm ne put achever ce commentaire avant sa mort ; il fut complété par son élève Shams ad-Dîn ibn Qutlûbughâ, puis de manière définitive par Qâdîzâde dans son œuvre Natâ'ij al-Afkâr.
At-Tahrîr fî Usûl al-Fiqh (L'Édition dans les fondements du fiqh) — Son ouvrage en usûl al-fiqh, intitulé at-Tahrîr al-Jâmi' bayna Istilâhay al-Hanafiyya wa ash-Shâfi'iyya (L'Édition réunissant les terminologies des hanafites et des shâfi'ites). Ses expressions y étaient d'une extrême concision, au point qu'on aurait pu croire à des énigmes. Son élève Muhammad ibn Muhammad ibn Amîr al-Hâjj al-Halabî al-Hanafî (né en 825, mort en 879 H) le commenta à son instigation et après une relecture partielle avec lui, et nomma son commentaire at-Taqrîr wa at-Tahbîr bi Sharh at-Tahrîr.
Cet ouvrage est unique en son genre : Ibn al-Humâm y synthétise les deux traditions d'usûl — celle des hanafites (fuqahâ') et celle des shâfi'ites (mutakallimîn) — dans une exposition rigoureuse et originale. Il est aujourd'hui étudié dans tous les cercles d'usûl al-fiqh du monde musulman.
Al-Musâyara fî al-'Aqâ'id al-Munjiya fî al-Âkhira (La Progression dans les croyances sauvegardant dans l'Au-delà) — Son ouvrage en 'aqîda. Il y expose la voie ash'arite-mâturîdite (les hanafites de son époque ne distinguaient pas toujours entre ces deux écoles). Son élève Kamâl ad-Dîn Ibn Abî Sharîf le commenta dans al-Musâmara Sharh al-Musâyara.
Zâd al-Faqîr (Le viatique du pauvre) — Un manuel concis de fiqh hanafite.
Et d'autres ouvrages en fiqh, usûl, 'aqîda et tasawwuf.
Ses élèves : Plusieurs grands fuqahâ' hanafites du IXe siècle sont ses élèves directs, parmi lesquels :
- Muhammad ibn Amîr al-Hâjj al-Halabî (mort en 879 H) — auteur du Taqrîr wa at-Tahbîr
- Shams ad-Dîn Ibn Qutlûbughâ — qui acheva le Fath al-Qadîr
- Kamâl ad-Dîn Ibn Abî Sharîf (ash-Shâfi'î, mort en 905 H) — qui commenta al-Musâyara
Son influence s'étend à travers ces élèves sur toute la tradition hanafite de l'époque mamelouke tardive et ottomane.
Son décès : Il mourut au Caire en 861 H (1457). Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : L'imam Kamâl ad-Dîn Ibn al-Humâm (رحمه الله) est un géant de la science islamique. Son Fath al-Qadîr est considéré comme le plus grand commentaire jamais écrit sur al-Hidâya, et l'un des plus grands ouvrages de fiqh hanafite — caractérisé par sa liberté intellectuelle et sa fidélité aux preuves. Son Tahrîr en usûl al-fiqh est l'un des textes classiques étudiés dans toutes les écoles traditionnelles. Sa position comme mujtahid à l'intérieur du madhhab, et sa capacité à s'opposer aux positions adoptées lorsque la preuve l'exige, en font un modèle rare dans la tradition hanafite tardive. Son parcours — né à Alexandrie, élevé par une grand-mère maghrébine vertueuse, formé au Caire auprès d'Ibn Hajar et des plus grands, séjournant à Alep et aux deux Saintes Cités, finissant Sheikh des cheikhs de la Khânqâh ash-Shaykhûniyya — illustre la puissance d'une vie consacrée au savoir. SubhânAllâh, quand le hâfiz Ibn Hajar al-'Asqalânî lui-même assiste à son intronisation et fait son éloge, on comprend le rang que les savants lui reconnurent. Qu'Allâh nous fasse bénéficier de sa science et nous rassemble avec lui dans Firdaws al-A'lâ.
