Ibn al-Jawzi
ابن الجوزي
À propos de l'auteur
Nom complet : Jamâl ad-Dîn Abou al-Faraj 'Abd ar-Rahmân ibn 'Alî ibn Muhammad al-Jawzî al-Qurashî al-Baghdâdî.
Naissance et décès : Il est né vers 510 H (1116) à Bagdad, et il est décédé le 16 Rabî' al-Awwal 597 H (juin 1201) dans cette même ville, qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Sa place dans la Oumma : C'était un juriste, prédicateur, orateur, traditionniste, historien, juge et philologue qui joua un rôle majeur dans la propagation de l'école hanbalite à Bagdad au XIIe siècle. Il portait le titre d'al-Hâfiz pour sa maîtrise du hadith. Il est sans doute le savant le plus prolifique de l'histoire islamique, avec un nombre d'ouvrages qui laisse sans voix.
Ses origines et sa jeunesse : Il est né à Bagdad dans une famille d'affiliation hanbalite. Son père mourut alors qu'il n'avait que trois ans, et il fut élevé par sa tante qui facilita ses premières études. Son oncle, Muhammad ibn Nâsir al-Baghdâdî, savant du hadith, du fiqh et de la grammaire, joua un rôle important dans sa formation.
Sa formation : Il reçut une éducation très complète durant sa jeunesse et eut la chance d'étudier auprès de certains des savants bagdadiens les plus renommés de son époque, parmi lesquels Ibn az-Zâghûnî (mort en 1133), Abou Bakr ad-Dînawarî (mort en 1137), Abou Mansûr al-Jawâlîqî (mort en 1144), et Abou Hakîm an-Nahrawânî (mort en 1161). Il devint un savant exceptionnel du XIIe siècle, particulièrement dans les sciences du hadith.
Son ascension et son prêche : Il commença sa carrière comme assistant d'enseignement auprès de son mentor Abou Hakîm an-Nahrawânî, puis lui succéda à la tête de deux madrasas après la mort de ce dernier en 1161. Sa carrière de prédicateur débuta grâce au patronage du vizir hanbalite Ibn Hubayra, qui lui donna libre accès pour prêcher dans sa propre demeure. Sous le calife al-Mustadî, qui était particulièrement favorable au hanbalisme, Ibn al-Jawzî atteignit le sommet de son influence. En 1179, il avait écrit plus de cent cinquante ouvrages et dirigeait cinq madrasas à Bagdad simultanément.
Son talent oratoire était légendaire. Ses prêches attiraient des foules immenses à Bagdad, et le calife fit construire spécialement pour lui un minbar (estrade) dans la mosquée du palais. Il savait allier l'éloquence, les récits historiques et l'exhortation doctrinale de manière à toucher aussi bien les savants que le commun des gens.
Sa défense de la Sunna : Fervent défenseur de la doctrine hanbalite, il cherchait constamment les hérésies doctrinales. Il attaqua et combattit ceux qu'il estimait avoir dévié de l'islam traditionaliste strict. Il était particulièrement critique envers les excès des soufis et des groupes déviants. Son approche privilégiait la fidélité aux textes du Coran, de la Sunna et aux interprétations des premières générations.
Son rapport au temps : Il disait : « Beaucoup de gens me rendaient des visites sociales, et moi de même, jusqu'à ce que je réalise que le temps est la chose la plus noble et la plus précieuse, et je commençai alors à détester les visites. » Cette parole résume l'état d'esprit qui lui permit de produire une œuvre aussi colossale.
Ses épreuves : Après l'ascension du calife an-Nâsir, le vizir hanbalite d'Ibn al-Jawzî fut arrêté et remplacé par un vizir chiite. Le calife finit par condamner Ibn al-Jawzî à l'exil et à la résidence surveillée pendant cinq ans. Les raisons exactes demeurent discutées, mais il semble qu'Ibn al-Jawzî ait écrit une réfutation directe de la politique du calife. Après cinq ans d'exil, il fut finalement libéré grâce à l'intercession de la mère du calife, décrite comme une femme très pieuse.
Ses œuvres : Le nombre de ses ouvrages atteint le chiffre stupéfiant de 376 textes. Parmi les plus célèbres :
Talbîs Iblîs (La ruse du Diable) — Une œuvre majeure dans laquelle il expose comment Iblîs trompe les gens de différentes catégories : les savants, les ascètes, les soufis, les sectes et le commun des musulmans. Un livre indispensable pour quiconque veut se prémunir contre les innovations et les égarements.
Sifat as-Safwa (Les qualités de l'élite) — Une vaste histoire du zuhd et de la piété, dans laquelle il argumente que les vrais ascètes sont ceux qui ont modelé leur vie sur celle des Compagnons du Prophète ﷺ.
Zâd al-Masîr fî 'Ilm at-Tafsîr — Son tafsîr du Coran, une référence dans l'exégèse.
Al-Mawdû'ât — Son ouvrage sur les hadiths forgés (mawdû'ât), un travail fondamental dans les sciences du hadith, bien que certains savants lui aient reproché d'y avoir inclus des hadiths qui ne sont pas réellement forgés.
Manâqib al-Imâm Ahmad — Sa biographie monumentale de l'imam Ahmad ibn Hanbal, un chef-d'œuvre historique et spirituel.
Sayd al-Khâtir (La chasse de la pensée) — Un recueil de réflexions personnelles et de méditations d'une profondeur remarquable.
Minhâj al-Qâsidîn — Son adaptation du Ihyâ' 'Ulûm ad-Dîn d'al-Ghazâlî, dont il retira les hadiths faibles et forgés ainsi que les contenus problématiques liés au soufisme, en gardant les bénéfices et les rappels conformes à la Sunna. Ibn Qudâma al-Maqdisî (رحمه الله) en fit ensuite un résumé (Mukhtasar Minhâj al-Qâsidîn), très apprécié des étudiants en science.
Remarque : Malgré sa grandeur, certains savants hanbalites lui ont reproché des positions en matière de 'aqîda qui s'écartaient parfois de la voie stricte des Salaf, notamment une tendance au ta'wîl (interprétation figurative) de certains Attributs divins, ce qui fut critiqué par des savants comme Cheikh al-Islâm Ibn Taymiyya (رحمه الله). Cela montre que même les plus grands savants ne sont pas infaillibles, et qu'on prend de chacun ce qui est conforme au Coran et à la Sunna.
Son décès : Il mourut le 16 Rabî' al-Awwal 597 H (juin 1201) à l'âge de 87 ans, après avoir consacré chaque instant de sa vie à la science, à l'écriture et au prêche. Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : L'imam Ibn al-Jawzî reste l'un des plus grands savants hanbalites de l'histoire. Par son prêche passionné, ses centaines d'ouvrages et sa défense acharnée de la Sunna, il a contribué de manière inestimable à la préservation et à la propagation du madhhab hanbalite à une époque où celui-ci était le plus petit des quatre madhhabs. Son Talbîs Iblîs demeure un ouvrage indispensable pour tout musulman soucieux de reconnaître les pièges de l'innovation, et son Sayd al-Khâtir reste un trésor de sagesse et de rappel. Qu'Allâh nous fasse bénéficier de sa science.
