Shams al-Aʾimmah Al-Sarakhsi
شمس الأئمة السرخسي
À propos de l'auteur
Nom complet : Shams al-A'imma Muhammad ibn Ahmad ibn Abî Sahl as-Sarakhsî al-Khazrajî al-Ansârî. Sa kunya est Abou Bakr.
Sa nisba al-Khazrajî al-Ansârî indique une origine remontant à la tribu des Khazraj de Médine — l'une des deux grandes tribus des Ansâr qui accueillirent le Prophète ﷺ lors de la Hijra.
Naissance et décès : La date exacte de sa naissance n'est pas connue. On dit qu'il mourut en 490 H, et on dit en 483 H. Son mausolée se dresse encore aujourd'hui dans la ville d'Ûzjand (Uzgen) au Kirghizistan. La date la plus retenue est 483 H (1090). Qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Sa nisba : La nisba « as-Sarakhsî » est attribuée à Sarakhs — avec fatha sur le sîn et le râ', et sukûn sur le khâ' — une vieille cité du Khorassan. C'est le nom d'un homme qui habita ce lieu et le construisit ; Dhû al-Qarnayn acheva sa construction, selon ce que mentionne as-Sam'ânî.
Sarakhs est aujourd'hui divisée : une partie se trouve au Turkménistan, l'autre partie en Iran (province de Khorassan Razavi). C'était l'une des grandes métropoles scientifiques du Khorassan à l'époque classique, qui produisit d'innombrables savants hanafites et shâfi'ites.
Son surnom « Shams al-A'imma » : « Le Soleil des Imams » — l'un des titres les plus élevés de la tradition hanafite d'Asie centrale. Ce titre fut d'abord celui de son maître al-Halwânî ; après la mort de ce dernier, il fut transmis à notre imam. Ce transfert de titre du maître à l'élève est lui-même un témoignage du rang exceptionnel atteint par as-Sarakhsî dans le madhhab hanafite.
Sa place dans la Oumma : Abou Bakr, Shams al-A'imma, Muhammad ibn Ahmad ibn Sahl as-Sarakhsî : un qâdî parmi les grands des Hanafites, un mujtahid, des habitants de Sarakhs (au Khorassan).
Il était un imam vertueux, faqîh, usûlî, dialecticien, au génie brûlant. Il accompagna Shams al-A'imma [al-Halwânî] et se forma à son école jusqu'à devenir l'unique de son temps dans la réflexion et le singulier de ses pairs. Il commença à composer et à faire des annotations, débattit, et sa renommée se répandit.
Sa formation : Il étudia le fiqh auprès de Shams al-A'imma Abou Muhammad 'Abd al-'Azîz ibn Ahmad al-Halwânî, qui lui transmit son titre. Il étudia le fiqh et les usûl auprès de 'Abd al-'Azîz al-Halwânî et d'as-Sughdî. Ibn Kamâl Bâshâ le compta parmi les mujtahidîn. Il était un savant agissant, conseiller des gouvernants, et le Khân l'emprisonna à cause de son conseil.
Son maître principal, Shams al-A'imma 'Abd al-'Azîz ibn Ahmad al-Halwânî (mort en 448 ou 449 H), fut le plus grand faqîh hanafite d'Asie centrale de sa génération. Il se rattachait, à travers une chaîne pédagogique solide, aux grands imams hanafites anciens — Muhammad ibn al-Hasan ash-Shaybânî et ses élèves.
L'épreuve de la prison — une histoire extraordinaire :
L'histoire la plus célèbre de sa vie est celle de sa longue incarcération, qui forge l'une des pages les plus admirables de l'histoire de la science islamique.
Il naquit à Sarakhs, puis se transféra à Ûzkand (Uzgen) — une cité de Mâ Warâ' an-Nahr dans la région du Farghâna — et se rendit à la cour de son Khâqân. Mais il fut bientôt jeté en prison en 466 H parce qu'il avait émis une fatwâ déclarant illicite le mariage du Khâqân avec son affranchie avant la fin de sa 'idda. Il passa 15 ans en prison. En prison, il dicta al-Mabsût en quinze volumes et dicta Sharh as-Siyar al-Kabîr de Shaybânî en deux volumes. Lorsqu'il atteignit le Kitâb ash-Shurût, il fut libéré. Il partit alors pour Marghînân en Rabî' al-Awwal 480 H, et acheva Sharh as-Siyar al-Kabîr en Jumâdâ al-Ûlâ de la même année.
SubhânAllâh ! Réfléchissons à cette situation :
L'imam as-Sarakhsî se trouvait dans un puits ou une fosse sombre d'une prison d'Asie centrale. Ses élèves se tenaient au-dessus, à l'extérieur, et l'écoutaient à travers une ouverture. De mémoire, sans aucun livre à consulter, sans papier, sans plume — il dictait à ses élèves l'un des plus vastes ouvrages de fiqh de toute l'histoire islamique : al-Mabsût en 30 volumes (selon certaines éditions, 15 tomes doubles). Les élèves écrivaient, puis lui relisaient ce qu'ils avaient écrit pour qu'il corrige. Pendant quinze années.
Que cela nous montre-t-il ? Que cet homme avait mémorisé l'immense corpus du fiqh hanafite — toutes les masâ'il, toutes les positions, tous les dalîl, toutes les divergences — dans sa tête, de telle sorte qu'il pouvait les dicter sans interruption pendant des années. C'est l'une des plus grandes illustrations de la baraka dans la science et de la fermeté dans l'épreuve de toute l'histoire sunnite.
Sa mémoire prodigieuse : On rapporte de lui qu'il était assis dans un cercle d'étude lorsqu'on lui dit : « On rapporte qu'ash-Shâfi'î mémorisait trois cents cahiers (kurrâsa). » Il dit : « La mémorisation d'ash-Shâfi'î est la zakât (1/40) de ce que je mémorise. » On calcula sa mémorisation et elle était de douze mille cahiers.
On rapporte de lui qu'il dicta al-Mabsût de mémoire, sans consulter aucun livre. Ce qui le prouve est ce que j'y ai lu : « Voici achevé le Rub' al-Buyû' [Quart des ventes], [écrit] par celui qui s'humilie vers Allâh avec soumission et larmes, séparé de ses proches et du livre compilé. »
Ces mots poignants, écrits à la fin de la section sur les ventes dans son Mabsût, sont ceux d'un homme qui pleurait en prison, loin de sa famille et sans livres à consulter — mais dont la science, par la grâce d'Allâh, coulait comme une source intarissable.
Le courage face au tyran : L'épisode de son emprisonnement illustre aussi une vertu essentielle : le courage de dire la vérité face au gouvernant, même au prix de sa liberté. Il aurait pu faire taire sa fatwâ, s'aligner sur le Khân et conserver sa position privilégiée à la cour. Il choisit la parole de vérité — et en paya le prix pendant quinze ans. Cet épisode rappelle l'exemple de l'imam Ahmad ibn Hanbal face à l'épreuve du khalq al-Qur'ân. C'est le signe d'un savant véritable.
Sa 'aqîda : As-Sarakhsî suivait la voie mâturîdite en 'aqîda, comme la quasi-totalité des fuqahâ' hanafites de Mâ Warâ' an-Nahr — dans la lignée d'Abou Mansûr al-Mâturîdî (mort en 333 H) et des grands maîtres de Samarcande.
Ses élèves : Son principal élève fut Abou Bakr Muhammad ibn Ibrâhîm al-Hasîrî, et d'autres. Ses élèves furent les transmetteurs de l'immense tradition scientifique qu'il dicta depuis sa prison.
Ses œuvres : Shams al-A'imma as-Sarakhsî (رحمه الله) laisse un héritage monumental qui structure toute la tradition hanafite tardive :
Al-Mabsût (L'Étendu) — Son chef-d'œuvre absolu. Publié en 30 volumes par Dâr al-Ma'rifa à Beyrouth. C'est la plus grande encyclopédie du fiqh hanafite jamais composée, et l'un des plus vastes ouvrages de fiqh toutes écoles confondues. Il constitue en réalité un commentaire du Kâfî d'al-Hâkim ash-Shahîd al-Marwazî (mort en 334 H) — lui-même un abrégé des six livres fondamentaux (Kutub Zâhir ar-Riwâya) de Muhammad ibn al-Hasan ash-Shaybânî (mort en 189 H). Ainsi, à travers le Mabsût, as-Sarakhsî transmet et explicite l'ensemble du patrimoine originel du madhhab hanafite.
Particularités du Mabsût :
- Exhaustivité — il couvre toutes les branches du fiqh avec les positions d'Abou Hanîfa, Abou Yûsuf, Muhammad, Zufar, ainsi que les positions d'ash-Shâfi'î, de Mâlik et parfois d'Ahmad.
- Argumentation — chaque position est accompagnée de son dalîl (preuves scripturaires et rationnelles).
- Fiqh comparé — il ne se contente pas d'exposer, il débat et défend les positions hanafites.
- Usûl appliqué — il intègre régulièrement des principes d'usûl al-fiqh dans la discussion des branches.
Le Mabsût est, sans conteste, l'ouvrage de référence suprême pour tout chercheur en fiqh hanafite, depuis sept siècles. Il est cité comme autorité absolue par Ibn 'Âbidîn, le Kamâl ibn al-Humâm, Ibn Nujaym et tous les grands tardifs.
Al-Usûl (Usûl as-Sarakhsî) — Un ouvrage majeur d'usûl al-fiqh. C'est l'un des deux piliers absolus des usûl al-fiqh hanafites — avec l'Usûl al-Bazdawî de Fakhr al-Islâm al-Bazdawî (mort en 482 H). Ces deux ouvrages sont les textes de référence de la tarîqat al-fuqahâ' (méthode des fuqahâ' hanafites en usûl) — qui se distingue de la tarîqat al-mutakallimîn (méthode des théologiens, suivie par les shâfi'ites et mâlikites).
Particularité de la méthode hanafite en usûl : au lieu de déduire les règles juridiques à partir de principes théoriques préétablis (comme les shâfi'ites), les hanafites partent des cas concrets de fiqh tranchés par les imams et induisent les principes d'usûl à partir d'eux. Cette méthode « inductive » est exposée avec une maîtrise inégalée dans l'Usûl as-Sarakhsî.
Sharh as-Siyar al-Kabîr (Commentaire du Grand Traité des Relations Internationales) — Un commentaire qu'il acheva en Jumâdâ al-Ûlâ 480 H après sa libération de prison. C'est le commentaire de l'œuvre fondatrice de Muhammad ibn al-Hasan ash-Shaybânî sur le droit international musulman (siyar) — les relations entre l'État musulman et les autres États, les règles du jihâd, des traités, des trêves, de la protection des non-musulmans, du butin, etc. L'as-Siyar al-Kabîr d'ash-Shaybânî est considéré comme le premier traité systématique de droit international au monde — et le commentaire d'as-Sarakhsî en est l'explication autorisée.
Sharh al-Jâmi' al-Kabîr (Commentaire du Grand Compendium) — Son commentaire du Jâmi' al-Kabîr d'ash-Shaybânî.
Sharh al-Jâmi' as-Saghîr (Commentaire du Petit Compendium) — Son commentaire du Jâmi' as-Saghîr d'ash-Shaybânî.
Sharh Ziyâdât ash-Shaybânî — Commentaire des Ziyâdât (ajouts) d'ash-Shaybânî.
L'ensemble de ces œuvres fait d'as-Sarakhsî le grand commentateur du corpus d'ash-Shaybânî — c'est-à-dire du Zâhir ar-Riwâya, les six livres fondateurs du madhhab hanafite.
Son décès : Il mourut en 483 H (ou 490 H). Son mausolée se dresse encore aujourd'hui dans la ville d'Ûzjand (Uzgen) au Kirghizistan.
Aujourd'hui encore, à Uzgen (ville du Kirghizistan, près de la frontière ouzbèke, dans la vallée du Farghâna), le mausolée de Shams al-A'imma as-Sarakhsî reste un lieu visité par les amoureux de la science. Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : Shams al-A'imma as-Sarakhsî (رحمه الله) occupe dans le madhhab hanafite une place équivalente à celle d'Ibn Qudâma chez les hanbalites ou d'al-Ghazâlî chez les shâfi'ites — celle du grand systématiseur qui a consolidé l'ensemble du patrimoine du madhhab en un corpus cohérent, défendu et transmis. Son Mabsût en 30 volumes reste, sept siècles après lui, la plus vaste et la plus profonde encyclopédie du fiqh hanafite jamais composée — citée par Ibn 'Âbidîn, al-Kâsânî, Ibn Nujaym, al-Marghînânî et tous les grands tardifs comme l'autorité suprême. Son Usûl est l'un des deux piliers des usûl hanafites. Son Sharh as-Siyar al-Kabîr demeure le texte de référence absolue en droit international musulman classique. Mais au-delà de ses œuvres, c'est son histoire personnelle qui marque l'imagination : un imam emprisonné quinze ans pour avoir dit la vérité face au Khân, qui dicta depuis les entrailles d'une prison la plus grande encyclopédie du fiqh de son école — sans livre, de mémoire, avec ses élèves assemblés autour du puits — est l'une des leçons les plus éclatantes de la science islamique sur l'alliance entre le courage (shajâ'a) et la science ('ilm). SubhânAllâh — cet homme fit de sa prison un université, de ses chaînes une opportunité d'œuvre impérissable. Sa tombe à Ûzjand au Kirghizistan est aujourd'hui visitée par les étudiants du monde entier. Qu'Allâh nous fasse bénéficier de sa science et de son exemple, qu'Il nous accorde sa fermeté dans les épreuves, et qu'Il élève sa demeure dans les plus hauts degrés du Paradis.

