A-Dhahabi
شمس الدين الذهبي
À propos de l'auteur
Nom complet : Shams ad-Dîn Abou 'Abd Allâh Muhammad ibn Ahmad ibn 'Uthmân ibn Qâymâz adh-Dhahabî.
Naissance et décès : Adh-Dhahabî (673 - 748 H = 1274 - 1348). Hâfiz, historien, 'allâma muhaqqiq. D'origine turkmène, des habitants de Mayyâfâriqîn. Sa naissance et sa mort eurent lieu à Damas. Qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Ses origines : Sa famille est d'origine turkmène — comme l'indique sa kunya ancestrale « ibn Qâymâz » (nom turc). Ses ancêtres venaient de Mayyâfâriqîn (Silvan, dans l'actuelle Turquie, au sud-est de Diyarbakir), mais il naquit et grandit à Damas.
Sa nisba « adh-Dhahabî » : Il est né en 673 H dans un village près de Damas. Son père travaillait dans le commerce de l'or (dhahab), et c'est pour cela qu'il fut connu comme « adh-Dhahabî ». Il existe aussi un autre récit sur ce nom : adh-Dhahabî est parmi les plus grands savants du hadith prophétique noble, avec ce que cela exige de connaissance précise de la science du jarh wa ta'dîl — c'est-à-dire mesurer l'intégrité et la crédibilité du rapporteur du hadith pour qu'il ne mente pas sur le Prophète ﷺ. On disait que notre historien était extrêmement précis dans la réception du hadith d'un de ces rapporteurs, comme s'il les pesait avec une balance d'or (mîzân dhahab). C'est la méthode même qu'il appliqua dans son traitement des rapporteurs d'histoire — d'où ce titre.
Les deux explications sont transmises : la première renvoie au métier paternel, la seconde à sa méticulosité exemplaire en critique des hommes. Toutes deux conviennent à son génie.
Sa place dans la Oumma : Shams ad-Dîn adh-Dhahabî (رحمه الله) est, sans conteste, l'un des plus grands historiens de l'histoire islamique — voire le plus grand historien sunnite jamais vu. Ibn Kathîr — son élève — le surnomma « Mu'arrikh al-Islâm » (l'Historien de l'Islam), et ce titre est resté attaché à lui pour les siècles suivants.
Ash-Shawkânî dit en le décrivant : « Toutes ses compositions sont acceptées et recherchées, les gens voyageaient pour elles, les prenaient de lui, les relayaient, les lisaient et les copiaient de son vivant... Elles volèrent et furent lues dans toutes les contrées de la terre. Il a en elles des expressions magnifiques et des tournures élégantes, dans lesquelles généralement personne de son époque ne l'a égalé, ni avant lui, ni avant eux, ni personne après eux... En somme, les gens en matière d'histoire, de son époque et de ceux qui vinrent après, sont ses débiteurs. Personne n'a rassemblé dans ce domaine comme il a rassemblé, ni édité comme il a édité. »
Al-Hâfiz Ibn Hajar dit : « Les gens désirèrent ses œuvres, voyagèrent vers lui à cause d'elles, et les relayèrent en lecture, en copie et en audition. »
Abou al-Mahâsin al-Husaynî dit : « Il composa des livres utiles. Le plus long d'entre eux est Târîkh al-Islâm. Le meilleur d'entre eux est Mîzân al-I'tidâl fî Naqd ar-Rijâl. »
Son contexte : Il vécut au VIIIe siècle hégirien, à Damas, sous le pouvoir des Mamelouks, dans un contexte extraordinairement fécond sur le plan scientifique. Il fut contemporain et ami intime des plus grandes figures de son siècle : Sheikh al-Islâm Ibn Taymiyya (mort en 728 H), al-Hâfiz al-Mizzî (mort en 742 H), Ibn al-Qayyim (mort en 751 H), Ibn Kathîr (mort en 774 H, son élève), et tant d'autres.
Sa formation et ses professeurs : Dans son enfance, il mémorisa le Noble Coran, étudia la science des qirâ'ât et du hadith prophétique, voyagea beaucoup pour la quête du savoir.
Il étudia auprès de plus de 1 300 cheikhs — nombre colossal qui explique en partie l'ampleur encyclopédique de sa science. Il consigna les noms de ses maîtres dans Mu'jam Shuyûkh adh-Dhahabî. Parmi ses principaux maîtres :
- Sheikh al-Islâm Ibn Taymiyya (رحمه الله) — mort en 728 H — son grand ami et maître dans de nombreuses disciplines. Ce lien est absolument central dans la formation intellectuelle d'adh-Dhahabî.
- Al-Hâfiz al-Mizzî (رحمه الله) — mort en 742 H — auteur de Tahdhîb al-Kamâl, son maître principal en hadith et son beau-frère (il épousa la sœur d'al-Mizzî).
- Ibn Daqîq al-'Îd (رحمه الله) — mort en 702 H — grand muhaddith et faqîh égyptien.
- Abou al-'Abbâs Ahmad ibn Shaybân — à Damas.
- Al-Abriqûhî — au Caire.
- At-Tâj ibn 'Asâkir
- Zaynab bint 'Umar al-Kindî — l'une de ses shuyûkha (professeures féminines) en hadith.
Ses voyages : Il voyagea au Caire et parcourut beaucoup de pays. Il visita Le Caire, Alexandrie, Jérusalem, Hébron, Baalbek, La Mecque (pour le Hajj), Nabulus, et d'autres villes du Shâm et d'Égypte — collectant partout les hadiths et les isnâd, et rencontrant les savants.
Sa cécité : Il devint aveugle en 741 H. — à environ 68 ans. Cette cécité qui frappa ses dernières années ne l'arrêta pas : il continua à dicter des œuvres jusqu'à sa mort. Allâh (سبحانه وتعالى), qui donne à Ses serviteurs la patience lors de l'épreuve, lui permit de préserver sa mémoire prodigieuse et son génie jusqu'au terme.
Ses élèves : Ses élèves sont légion, et parmi les plus grands savants des VIIIe et IXe siècles hégiriens :
- Al-Hâfiz Ibn Kathîr (mort en 774 H) — auteur du Tafsîr al-Qur'ân al-'Azîm et de al-Bidâya wa an-Nihâya — son gendre également (il épousa la fille d'adh-Dhahabî).
- Taj ad-Dîn as-Subkî (mort en 771 H) — auteur des Tabaqât ash-Shâfi'iyya al-Kubrâ — bien qu'ils divergeaient en 'aqîda.
- Al-Hâfiz Ibn Rajab al-Hanbalî (mort en 795 H)
- Ibn al-Mulaqqin (mort en 804 H)
- Al-Husaynî
Sa 'aqîda : Adh-Dhahabî (رحمه الله) suivait clairement la voie salafi-athari en 'aqîda — la 'aqîda des Salaf dans l'affirmation des Noms et Attributs d'Allâh sans tahrîf, ta'tîl, takyîf ni tamthîl. Il était un grand ami, disciple et défenseur de Sheikh al-Islâm Ibn Taymiyya. Il écrivit d'ailleurs des ouvrages explicitement en défense de la 'aqîda des Salaf, comme Kitâb al-'Uluww li al-'Aliyy al-Ghaffâr (Le Livre de l'Élévation pour le Très-Haut, le Tout-Pardonneur), où il rassemble les preuves scripturaires et les rapports des Salaf affirmant l'Attribut de la Hauteur ('Uluww) d'Allâh — en opposition aux écoles théologiques qui le nient.
Il écrivit également Al-Arba'în fî Sifât Rabb al-'Âlamîn (Les Quarante dans les Attributs du Seigneur des Mondes) et Kitâb al-'Arsh — toutes œuvres qui établissent sa position nette dans la voie des Salaf.
Il lui arrivait de critiquer, avec toute la retenue et le respect dus, ceux des grands imams qui avaient pratiqué le ta'wîl des Attributs — tout en reconnaissant leur immense rang dans les autres domaines de la science. Sa biographie d'al-Bayhaqî, d'Ibn Hibbân, d'Ibn al-Jawzî, d'al-Ghazâlî et d'autres dans Siyar A'lâm an-Nubalâ' est un modèle de cet équilibre entre critique doctrinale honnête et reconnaissance des mérites.
Son madhhab en fiqh : Il était shâfi'ite en fiqh — madhhab dominant à Damas à cette époque.
Ses œuvres : Adh-Dhahabî (رحمه الله) composa environ cent ouvrages — chose extraordinaire même à son époque. Ses compositions sont grandes et nombreuses, approchant de la centaine. Citons les plus importants :
Siyar A'lâm an-Nubalâ' (Les Biographies des Nobles Illustres) — Son chef-d'œuvre absolu. Publié par Mu'assasat ar-Risâla en 25 volumes (23 plus fihâris), avec la supervision de tahqîq de Sheikh Shu'ayb al-Arnâ'ût. Il y dressa la biographie d'environ 6 000 personnalités, depuis l'aube de l'islam jusqu'à l'an 739 H. Il divisa son livre en trente-cinq tabaqât (couches générationnelles), chacune couvrant 15-16 ans. La première tabaqa couvre les Compagnons et les grands Tâbi'în.
Les Siyar sont l'œuvre biographique la plus monumentale de toute l'histoire sunnite. Elles rassemblent, en un seul corpus, les biographies des Compagnons, des Tâbi'în, des muhaddithîn, des fuqahâ', des qurrâ', des soufis, des grammairiens, des juges, des califes et des rois — en traitant chaque figure avec science, équilibre et style littéraire. Il ressent qu'on cherche à rédiger un dictionnaire des humains, auquel on se réfère quand on veut chercher une figure. Le livre se distingue également par sa capacité de condensation : il résume la biographie d'Ahmad ibn Tûlûn par exemple en quelques phrases concentrées sur deux pages, dont on ne sort qu'après avoir saisi un côté considérable de la vie de ce dirigeant.
Târîkh al-Islâm al-Kabîr (La Grande Histoire de l'Islam) — En 36 volumes — dont cinq furent publiés à l'époque de cette bibliographie ; l'ensemble est aujourd'hui imprimé. Dans Târîkh al-Islâm wa Wafayât al-Mashâhîr wa al-A'lâm, on trouve 40 000 biographies pour les califes, les vizirs, les savants de toutes spécialités.
C'est l'ouvrage historique le plus exhaustif jamais composé sur l'islam. Organisé par décennies, il combine l'histoire événementielle (hawâdith) et les nécrologies (wafayât) — couvrant du Hijra jusqu'à 700 H. Les Siyar ne sont en réalité qu'un abrégé sélectif du Târîkh al-Islâm, dans lequel adh-Dhahabî a extrait les biographies des personnalités les plus importantes.
Mîzân al-I'tidâl fî Naqd ar-Rijâl (La Balance de l'Équilibre dans la Critique des Hommes) — Trois volumes (en fait quatre dans l'édition al-Bijâwî), tahqîq 'Alî Muhammad al-Bijâwî, Dâr al-Ma'rifa, Beyrouth, 1963. C'est l'ouvrage de référence en jarh wa ta'dîl — la science de la critique des rapporteurs de hadith — pour les rapporteurs critiqués ou controversés. Chaque rapporteur y est traité avec les paroles des imams anciens sur lui, et adh-Dhahabî donne son jugement final avec équilibre. Cet ouvrage est, depuis sept siècles, indispensable à tout chercheur en hadith.
Tadhkirat al-Huffâz (La Mémorisation des Hâfiz) — Quatre parties. Biographies des grands hâfiz du hadith, classées par générations depuis Abou Bakr as-Siddîq (رضي الله عنه) jusqu'à ses contemporains. Un trésor pour connaître l'histoire de la transmission du hadith.
Al-Kâshif fî Ma'rifat man lahu Riwâya fî al-Kutub as-Sitta (Le Révélateur) — Dans les biographies des rapporteurs de hadith. Un abrégé biographique des rapporteurs cités dans les six livres canoniques du hadith (Boukhârî, Muslim, Abou Dâwûd, Tirmidhî, Nasâ'î, Ibn Mâja). Il est basé sur le Tahdhîb al-Kamâl d'al-Mizzî.
Al-Mughnî fî ad-Du'afâ' (Le Suffisant sur les Faibles) — Deux parties, dans les rapporteurs de hadith — spécifiquement les faibles.
Al-'Ibar fî Khabar man Ghabar (Les Enseignements dans la Nouvelle de ceux qui sont Partis) — Cinq parties. Une chronique annalistique condensée.
Duwal al-Islâm (Les États de l'Islam) — Deux parties. Histoire politique abrégée.
Tajrîd Asmâ' as-Sahâba (L'Épuration des noms des Compagnons) — Deux volumes. Répertoire alphabétique des Compagnons du Prophète ﷺ.
Al-Kabâ'ir (Les Grands Péchés) — Imprimé. Son célèbre traité sur les grands péchés, lu partout dans le monde musulman, traduit dans toutes les langues majeures. C'est un livre spirituel populaire, utilisé dans la tarbiya (éducation religieuse).
At-Tibb an-Nabawî (La Médecine Prophétique) — Son traité sur la médecine selon la Sunna.
Al-Mûqizha fî 'Ilm Mustalah al-Hadîth (L'Éveilleuse dans la science de la terminologie du hadith) — Un court traité remarquable en mustalah al-hadîth, aujourd'hui enseigné dans toutes les universités islamiques et écoles de hadith.
Mu'jam Shuyûkh adh-Dhahabî — Le dictionnaire de ses maîtres.
Al-Mustadrak 'alâ Mustadrak al-Hâkim — Commentaires et corrections sur le Mustadrak d'al-Hâkim an-Naysâbûrî.
Kitâb al-'Uluww li al-'Aliyy al-Ghaffâr — Ouvrage fondamental en 'aqîda sur l'Attribut de la Hauteur d'Allâh.
Al-Arba'în fî Sifât Rabb al-'Âlamîn — 40 hadiths sur les Attributs du Seigneur des Mondes.
Zaghal al-'Ilm (Les Scories de la Science) — Une épître critique sur les abus dans la science de son époque. Un texte remarquable de lucidité sur les maladies intellectuelles et spirituelles du milieu savant.
Ahl al-Mi'a fa-Sâ'idan — Ceux qui ont vécu 100 ans et plus.
Et bien d'autres encore — son œuvre complète forme, à elle seule, une bibliothèque.
Son décès : Il mourut à Damas en 748 H / 1348. Il avait 75 ans, et sept années auparavant, la cécité l'avait frappé. Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : Shams ad-Dîn adh-Dhahabî (رحمه الله) est, sans conteste, l'un des plus grands savants de toute l'histoire islamique, et probablement l'historien et le biographe suprême de la Oumma sunnite. Ses Siyar A'lâm an-Nubalâ' et son Târîkh al-Islâm constituent la base historique sur laquelle toute recherche ultérieure en histoire, en biographies, et en sciences du hadith s'est appuyée — et continue de s'appuyer, jusqu'à aujourd'hui encore. Son Mîzân al-I'tidâl est l'ouvrage de référence absolue en jarh wa ta'dîl. Son Kâshif et son Mughnî sont des outils indispensables à tout étudiant du hadith. Son Tadhkirat al-Huffâz est le répertoire des gardiens de la Sunna. Ses Kabâ'ir sont l'un des livres de tarbiya les plus populaires de l'histoire musulmane. Son Al-'Uluww et son Arba'în sont des références salafi fondamentales. Mais au-delà de sa production, c'est l'équilibre qui marque adh-Dhahabî : cet homme savait honorer un adversaire en 'aqîda tout en critiquant honnêtement ses erreurs ; reconnaître la grandeur d'al-Ghazâlî tout en notant ses dérives ; célébrer l'œuvre d'al-Bayhaqî tout en rejetant son ta'wîl ; faire biographie d'un homme sans trahir ni adulation ni injustice. Cette équité intellectuelle (insâf), alliée à une mémoire prodigieuse, à une maîtrise sans pareille du hadith et de l'histoire, à un style arabe élégant et concentré, et à une fidélité indéfectible à la 'aqîda des Salaf dans la lignée de son maître Sheikh al-Islâm Ibn Taymiyya, fait de lui un modèle unique. SubhânAllâh — qu'un homme, frappé de cécité dans ses dernières années, ait pu laisser cent ouvrages dont plusieurs de dizaines de volumes, est un signe manifeste de la baraka qu'Allâh dépose dans la science de Ses serviteurs sincères. Qu'Allâh nous fasse bénéficier de sa science, qu'Il accepte ses œuvres et qu'Il élève sa demeure dans les plus hauts degrés du Paradis. Amîn.
