Ibn Rushd al-Hafid
ابن رشد الحفيد
À propos de l'auteur
Nom complet : Abou al-Walîd Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad ibn Ahmad ibn Rushd al-Qurtubî al-Mâlikî.
Naissance et décès : Il est né le 14 avril 1126 (520 H) à Cordoue. Il mourut le 9 Safar 595 H (11 décembre 1198) à Marrakech. Sa dépouille fut ensuite transférée à Cordoue pour y être enterrée, qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Pourquoi « al-Hafîd » ? Le surnom al-Hafîd (« le petit-fils ») est utilisé pour le distinguer de son grand-père, le célèbre juge et faqîh mâlikite Ibn Rushd al-Jadd (mort en 520 H), Grand Juge de Cordoue et l'une des plus grandes autorités du fiqh mâlikite de tous les temps. En Occident, Ibn Rushd al-Hafîd est connu sous le nom latinisé d'Averroès.
Sa famille : Il appartenait à une famille andalouse influente, célèbre pour son autorité judiciaire et pour son érudition dans les sciences religieuses. Son père était un juge éminent, mais la figure la plus importante de la famille était son grand-père, l'imam Ibn Rushd al-Jadd, le Grand Juge de Cordoue et l'une des plus grandes autorités du fiqh mâlikite de tous les temps. Trois générations de juges et de savants dans une même famille — une bénédiction d'Allâh.
Sa formation : Il étudia et mémorisa le Coran et le Muwatta' de l'imam Mâlik. Il fut un excellent étudiant de jurisprudence et se qualifia rapidement pour donner des avis juridiques et siéger comme juge. Il étudia ensuite les mathématiques, l'astronomie, puis la médecine. Il reçut sa formation en fiqh mâlikite, en hadith et en langue arabe auprès des grands savants de Cordoue.
Ses postes : En 1169, il fut nommé juge à Séville, puis transféré à Cordoue en 1171, où il occupa le poste de juge pendant dix ans. Il fut ensuite appelé à Marrakech comme médecin personnel du calife almohade Abou Ya'qûb Yûsuf, avant d'être renvoyé à Cordoue avec le titre élevé de Grand Juge (Qâdî al-Jamâ'a). Les biographes sont unanimes quant à sa bonne conduite, sa diligence dans la science et son équité comme juge.
Son œuvre en fiqh — Bidâyat al-Mujtahid : Son chef-d'œuvre juridique et l'ouvrage pour lequel les étudiants en science lui sont le plus redevables. Le Bidâyat al-Mujtahid wa Nihâyat al-Muqtasid occupe une place unique parmi les manuels faisant autorité en droit islamique. Il est conçu pour préparer le juriste à la tâche du mujtahid — le juriste indépendant. Dans cet ouvrage, il décrit les divergences d'opinion (ikhtilâf) entre les madhhabs sunnites, tant dans leur pratique que dans leurs principes juridiques sous-jacents, ainsi que les raisons pour lesquelles ces divergences sont inévitables.
Ce qui rendait cet ouvrage inhabituel, c'est qu'Ibn Rushd ne se contentait pas d'énoncer les règles de sa propre école. Il traversait les frontières entre les différentes traditions juridiques sunnites, comparant leurs méthodologies avec la même rigueur analytique. C'est l'un des meilleurs exemples de la science du 'ilm al-khilâf (la science des divergences juridiques). Ce livre reste une référence importante pour les étudiants en jurisprudence et est encore enseigné dans les universités à ce jour.
Son œuvre en philosophie — Points de mise en garde : C'est ici que le cas d'Ibn Rushd al-Hafîd devient complexe et qu'il faut faire preuve d'honnêteté. En plus de son œuvre juridique louable, Ibn Rushd se lança dans la philosophie aristotélicienne et composa de nombreux commentaires sur les œuvres d'Aristote, au point d'être surnommé « le Commentateur » en Occident. Parmi ses œuvres philosophiques les plus connues :
Tahâfut at-Tahâfut (L'incohérence de l'incohérence) — Une réponse au Tahâfut al-Falâsifa (L'incohérence des philosophes) de l'imam al-Ghazâlî (رحمه الله), dans laquelle il tenta de défendre les philosophes contre les critiques d'al-Ghazâlî.
Fasl al-Maqâl (Le discours décisif) — Un traité dans lequel il argue de la compatibilité entre la philosophie et la Sharî'a, et soutient que les textes scripturaires devraient être interprétés allégoriquement s'ils semblent contredire les conclusions atteintes par la raison et la philosophie.
Ses commentaires sur Aristote — Des commentaires détaillés sur la Métaphysique, la Physique, l'Éthique et d'autres œuvres d'Aristote.
En toute honnêteté, les savants de la Sunna ont mis en garde contre ses positions philosophiques. Sa défense de certaines thèses aristotéliciennes — telles que l'éternité du monde, la négation de la résurrection des corps (selon certaines interprétations), et sa théorie de l'intellect — contredit les fondements de la 'aqîda islamique. L'imam al-Ghazâlî (رحمه الله) avait déjà réfuté ces positions philosophiques dans son Tahâfut al-Falâsifa, et la tentative d'Ibn Rushd de les réhabiliter dans son Tahâfut at-Tahâfut a été critiquée par de nombreux savants.
De même, sa thèse de la « double vérité » — selon laquelle une chose peut être vraie en philosophie et en même temps comprise autrement en religion — est une position inacceptable du point de vue de la 'aqîda islamique, car la vérité est une et ne se contredit pas : ce qu'Allâh a révélé dans Son Livre et dans la Sunna de Son Prophète ﷺ est la vérité absolue, et aucune conclusion philosophique ne peut la contredire.
Ses épreuves : Vers la fin de sa vie, le calife almohade Abou Yûsuf Ya'qûb se retourna contre lui. Ses livres de philosophie furent brûlés, bien que ses ouvrages de médecine et de théologie fussent épargnés. Il fut exilé et disgracié, avant d'être rappelé par le calife qui reconnut son erreur, mais trop tard : Ibn Rushd mourut peu après à Marrakech.
Son œuvre en médecine : Son encyclopédie médicale, Kitâb al-Kulliyyât fî at-Tibb, connue en latin sous le nom de Colliget, couvrait des sujets comme l'anatomie, la pathologie et la pharmacologie, et devint un manuel de référence en Europe pendant des siècles.
Son décès : Il mourut le 9 Safar 595 H à Marrakech. Qu'Allâh lui accorde Sa miséricorde et lui pardonne.
Son héritage — Un savant à prendre avec discernement : Le cas d'Ibn Rushd al-Hafîd (رحمه الله) est celui d'un savant dont le fiqh est précieux mais dont la philosophie est dangereuse. Son Bidâyat al-Mujtahid est l'un des meilleurs ouvrages jamais écrits en fiqh comparé, et tout étudiant en science devrait l'étudier. C'est un livre qui enseigne le fiqh par les preuves et les causes des divergences, et qui forme de véritables mujtahids plutôt que de simples imitateurs. Mais ses œuvres philosophiques — le Tahâfut at-Tahâfut, le Fasl al-Maqâl et ses commentaires sur Aristote — contiennent des positions incompatibles avec la 'aqîda des Salaf et doivent être évitées par celui qui n'est pas armé pour les analyser et les réfuter.
Le musulman sage prend de la science d'Ibn Rushd ce qui est fondé sur le Coran et la Sunna — et son Bidâyat al-Mujtahid en est le meilleur exemple — et délaisse ce qui s'en écarte. Car nul n'est infaillible sauf le Prophète ﷺ, et la mesure de la vérité n'est pas la philosophie d'Aristote mais la Révélation d'Allâh.
