Malik Ibn Anas
مالك بن أنس
À propos de l'auteur
Nom complet : Abou 'Abd Allâh Mâlik ibn Anas ibn Mâlik ibn Abî 'Âmir ibn 'Amr ibn al-Hârith al-Asbahî al-Madanî.
Naissance et décès : Il est né en 93 H (711) à Médine. Il mourut le 14 Rabî' al-Awwal 179 H (795) à Médine, dans la même ville où il était né, avait vécu et enseigné toute sa vie, qu'Allâh lui fasse miséricorde. Il fut enterré à Jannat al-Baqî', le cimetière sacré à côté de la Mosquée du Prophète ﷺ, où reposent de nombreux Compagnons.
Sa place dans la Oumma : Il est Imâm Dâr al-Hijra (l'imam de la Demeure de l'Émigration), un titre que nul autre n'a porté. L'imam ash-Shâfi'î (رحمه الله), qui fut son élève pendant neuf ans, dit : « Lorsque les savants sont mentionnés, Mâlik est l'étoile. » Le Prophète ﷺ aurait dit selon un hadith rapporté par at-Tirmidhî : « Bientôt les gens frapperont les flancs de leurs montures à la recherche de la science, et ils ne trouveront personne de plus savant que le savant de Médine. » Les savants considèrent que le savant visé par ce hadith est Mâlik ibn Anas.
Ses origines : Sa famille était originaire du Yémen, mais son grand-père avait émigré à Médine pendant le règne de 'Umar ibn al-Khattâb (رضي الله عنه). Son arrière-grand-père Abou 'Âmir fut un Compagnon qui participa à toutes les batailles du Prophète ﷺ sauf Badr. Son père et son grand-père avaient étudié les sciences religieuses auprès des Compagnons du Prophète ﷺ qui résidaient encore à Médine.
Sa formation : Grandir à Médine, c'était grandir dans la ville du Prophète ﷺ, parmi les descendants des Compagnons et les Tâbi'în. Il mémorisa le Coran dans sa jeunesse et apprit la récitation auprès d'Abou Suhail Nâfi' ibn 'Abd ar-Rahmân, de qui il reçut également son ijâza. Il étudia auprès de savants illustres, parmi lesquels Hishâm ibn 'Urwa, Ibn Shihâb az-Zuhrî et l'imam Ja'far as-Sâdiq, mais il fut surtout influencé par l'imam Nâfi' mawlâ Ibn 'Umar, le célèbre Tâbi'î et esclave affranchi de 'Abd Allâh ibn 'Umar (رضي الله عنهما). Il contacta environ 900 savants pour la collecte des hadiths.
Sa chaîne de transmission — Mâlik, d'après Nâfi', d'après Ibn 'Umar, d'après le Prophète ﷺ — est appelée Silsilat adh-Dhahab (la Chaîne d'Or), considérée par les savants du hadith, dont l'imam al-Boukhârî, comme la chaîne la plus authentique qui soit.
Sa méthodologie : L'imam Mâlik fonda sa jurisprudence sur le Coran, la Sunna, le consensus (ijmâ'), le raisonnement par analogie (qiyâs) et une source qui lui est propre : le 'amal des Gens de Médine (la pratique continue des habitants de Médine), qu'il considérait comme une transmission vivante de la Sunna du Prophète ﷺ, puisque Médine était la ville où le Prophète ﷺ avait vécu, enseigné et appliqué l'islam.
Sa scrupulosité dans la fatwa : L'imam Mâlik disait : « Le bouclier du savant est 'je ne sais pas' ; s'il le néglige, il sera attaqué. » Il était connu pour refuser de répondre à une question s'il ne possédait pas une certitude fondée sur les textes, et il renvoyait souvent le questionneur en disant « lâ adrî » (je ne sais pas). Quelle leçon pour les savants de notre époque !
Il dit aussi cette parole fondamentale que tout musulman devrait graver dans son cœur : « La parole de tout homme peut être acceptée ou rejetée, sauf celle du possesseur de cette tombe ﷺ. » — en pointant vers la tombe du Prophète ﷺ.
Son enseignement dans la Mosquée du Prophète ﷺ : Il s'asseyait sur le minbar de la mosquée du Prophète ﷺ avec le Coran d'une main et un recueil de hadiths de l'autre, et offrait des avis juridiques fondés sur ces deux sources. Ses assemblées étaient empreintes de dignité, de respect et de sérieux. Lorsque quelqu'un posait une question, un silence complet régnait, et l'imam Mâlik répondait d'une manière si maîtrisée qu'on ne savait d'où venait la réponse. Il enseigna le hadith et le fiqh pendant 62 ans. Des étudiants venaient du monde musulman entier pour étudier auprès de lui : de Médine, La Mecque, du Yémen, de Syrie, d'Irak, du Khorasân, de Transoxiane et d'Afrique du Nord.
Son courage face au pouvoir : Malgré son rang, il ne fut jamais un instrument des gouvernants. Lorsque le calife al-Mansûr tenta de forcer les gens à accepter un avis juridique sur le divorce, l'imam Mâlik s'y opposa sur la base d'un hadith authentique. En punition, le gouverneur de Médine le fit flageller en public jusqu'à la dislocation de ses bras. Mais l'imam ne changea jamais sa fatwa. Il disait : « Je ne donne pas de fatwas pour plaire aux rois. Je donne des fatwas pour plaire à Allâh. »
Sa sagesse face à l'unification des madhâhib : Lorsque le calife al-Mansûr proposa d'imposer le Muwatta' comme loi unique sur l'ensemble du monde musulman, l'imam Mâlik refusa, disant que les Compagnons du Prophète ﷺ s'étaient dispersés dans les différentes contrées et que chaque peuple suivait ce qui lui était parvenu. Il considérait les divergences entre les savants comme une miséricorde d'Allâh pour la Oumma. Même le calife Hârûn ar-Rashîd tenta la même chose, et l'imam Mâlik refusa à nouveau. SubhânAllâh, quel désintéressement et quelle sagesse !
Son œuvre maîtresse — Al-Muwatta' : L'imam Mâlik passa plus de 40 ans à le compiler, sélectionnant soigneusement les hadiths et les avis juridiques. Il contient environ 1 720 hadiths, ainsi que les opinions des Compagnons, des Tâbi'în et les propres raisonnements de l'imam Mâlik. L'imam ash-Shâfi'î dit : « Il n'y a pas de livre sur terre après le Livre d'Allâh qui soit plus authentique que le Muwatta' de l'imam Mâlik. » C'est l'une des plus anciennes et des plus vénérées collections de hadiths sunnites, et l'un des tout premiers ouvrages de droit musulman à nous être parvenus. Plus de mille disciples de Mâlik l'ont transmis de lui au cours de sa vie, ce qui a donné lieu à différentes recensions (riwâyât), dont la plus célèbre est celle de Yahyâ ibn Yahyâ al-Laythî.
Ses élèves : Parmi ses élèves les plus illustres : l'imam ash-Shâfi'î (رحمه الله), qui étudia auprès de lui neuf ans et devint le fondateur de la troisième école de fiqh ; 'Abd ar-Rahmân ibn al-Qâsim, le grand juriste égyptien dont les positions sont au cœur de la Mudawwana ; Yahyâ ibn Yahyâ al-Laythî, qui transmit la version la plus célèbre du Muwatta' en al-Andalus ; et bien d'autres savants de toutes les contrées du monde musulman.
Son décès : Il tomba malade un dimanche et, après 28 jours de souffrance, il mourut le 10 (ou le 14) Rabî' al-Awwal 179 H à l'âge d'environ 84-87 ans. L'émir de Médine, 'Abd al-'Azîz ibn Muhammad ibn Ibrâhîm, dirigea sa prière funéraire. Une foule immense se rassembla pour ses funérailles, d'une ampleur inédite depuis les morts d'Abou Bakr et de 'Umar (رضي الله عنهما). Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : L'imam Mâlik (رحمه الله) est l'un des plus grands savants que cette Oumma ait connus. Il vécut, enseigna et mourut dans la ville du Prophète ﷺ, et toute sa vie fut une prolongation vivante de la Sunna de Médine. Son école devint la norme pour la pratique sunnite dans une grande partie de l'Afrique du Nord, de l'al-Andalus, d'une vaste portion de l'Égypte, de certaines parties de la Syrie, du Yémen, du Soudan, de l'Irak et du Khorasân. Son Muwatta' reste le premier livre que tout étudiant mâlikite étudie après le Coran. Et sa parole — « La parole de tout homme peut être acceptée ou rejetée, sauf celle du possesseur de cette tombe ﷺ » — est le principe fondamental qui guide tout musulman dans sa recherche de la vérité.

