Al-Shafi’i
الشافعي
À propos de l'auteur
Nom complet : Abou 'Abd Allâh Muhammad ibn Idrîs ibn al-'Abbâs ibn 'Uthmân ibn Shâfi' al-Qurashî al-Muttalibî al-Hâshimî.
Son surnom « ash-Shâfi'î » renvoie à son ancêtre Shâfi' ibn as-Sâ'ib, dont le père as-Sâ'ib fut un Compagnon du Prophète ﷺ. Ainsi, sa lignée rejoint la tribu de Quraysh, clan de Banû al-Muttalib, et remonte au bisaïeul du Prophète ﷺ, 'Abd Manâf — ce qui fait de lui un parent du Messager d'Allâh ﷺ. SubhânAllâh, et le Prophète ﷺ a dit : « Banû Muttalib et Banû Hâshim ne sont qu'une seule et même chose. »
Naissance et décès : Il est né à Gaza, en Palestine, en 150 H (767) — l'année même où mourut l'imam Abou Hanîfa (رحمه الله). Allâh, dans Sa sagesse, fit naître un grand imam l'année même où un autre nous quittait. Il mourut à l'âge de 54 ans, le 30 Rajab 204 H (20 janvier 820) à al-Fustât, en Égypte.
Sa place dans la Oumma : Il est l'un des quatre grands imams d'Ahl as-Sunna, fondateur du madhhab shâfi'ite qui est suivi aujourd'hui en Égypte, au Yémen, en Indonésie, en Malaisie, en Somalie, au Kurdistan, dans le sud de l'Inde et au Sri Lanka. Il est connu comme le premier à avoir écrit un livre sur les principes de la jurisprudence islamique (usûl al-fiqh), ayant composé al-Risâla. Son héritage et son enseignement en la matière ont donné à cette science une forme systématique, influençant fondamentalement les générations suivantes.
Il reçut le titre honorifique de Nâsir al-Hadîth (« Le défenseur du hadith ») en raison de son rôle décisif dans l'affirmation de l'autorité de la Sunna. L'imam Ahmad ibn Hanbal (رحمه الله), qui fut son élève, disait de lui : « Ash-Shâfi'î est pour la Oumma comme le soleil pour le jour, et comme la bonne santé pour le corps. » Et il disait également : « Je n'ai jamais fait la prière depuis quarante ans sans avoir invoqué Allâh en faveur d'ash-Shâfi'î. »
Son enfance et ses épreuves : Son père Idrîs ibn al-'Abbâs mourut lorsqu'il avait 2 ans. Sa mère Umm al-Hasan s'installa alors à La Mecque où vivaient certains de ses proches. Il grandit dans une extrême pauvreté à La Mecque. On rapporte que sa mère ne pouvait pas se permettre d'acheter du papier pour son éducation, et que l'imam écrivait ses leçons sur des os. Quelle leçon de résilience et de détermination ! L'orphelin pauvre qui écrivait sur des os devint le plus grand juriste de son temps.
Il mémorisa le Coran à 9 ans, et on rapporte qu'à 10 ans, il avait mémorisé le Muwatta' de l'imam Mâlik. Puis il passa un temps auprès de la tribu de Hudhayl, connue pour sa maîtrise exceptionnelle de la langue arabe classique et de la poésie, dont il hérita une éloquence inégalée. Il devint également habile au tir à l'arc, disant lui-même : « Peu de gens peuvent tenir contre moi au tir à l'arc. Si je veux tirer dix flèches sur une cible, pas une seule ne ratera. »
Sa formation : Il étudia à La Mecque auprès de Muslim ibn Khâlid az-Zanjî, mufti de La Mecque de son temps, et de Sufyân ibn 'Uyayna, le grand muhaddith. Muslim az-Zanjî lui donna la permission d'émettre des fatwas alors qu'il n'avait que 15 ans — signe précoce de son génie juridique.
Puis il voyagea à Médine à l'âge de 20 ans pour étudier auprès de l'imam Mâlik ibn Anas (رحمه الله), auprès duquel il resta plusieurs années, mémorisant le Muwatta' et apprenant la méthode de fiqh des Gens de Médine. La relation entre Mâlik et ash-Shâfi'î est l'une des plus belles de l'histoire de la science : le vieil imam reconnut en ce jeune mecquois orphelin un génie exceptionnel.
Il voyagea ensuite au Yémen, où il occupa un poste administratif, puis en Irak où il étudia auprès de Muhammad ibn al-Hasan ash-Shaybânî (رحمه الله), le grand disciple d'Abou Hanîfa. Ainsi, ash-Shâfi'î fut l'unique imam qui combina en lui-même la science des deux grandes écoles de son temps — celle de Médine (Mâlik) et celle de Koufa (Abou Hanîfa à travers ash-Shaybânî) — ce qui lui donna une perspective unique pour fonder une synthèse originale.
Il étudia auprès de nombreux maîtres à La Mecque, Médine, Koufa, Basra, au Yémen, en Syrie et en Égypte.
Son épreuve politique : Sous le règne du calife Hârûn ar-Rashîd, il fut envoyé comme juge à Najrân au Yémen. Le gouverneur l'accusa de collusion politique avec les ennemis de l'État et le fit arrêter et emprisonner. Il fut ensuite conduit à Bagdad, la capitale abbasside, et présenté devant Hârûn ar-Rashîd. Dans la cour du calife, il se défendit avec éloquence et prouva que toutes les accusations contre lui étaient sans fondement.
Son « ancien » et « nouveau » madhhab : À Bagdad, il développa son premier madhhab, influencé par les enseignements d'Abou Hanîfa et de Mâlik. Son œuvre à Bagdad est ainsi connue comme al-Madhhab al-Qadîm (« l'ancien madhhab »).
C'est en Égypte — il enseignait à la mosquée de 'Amr — que l'enseignement d'ash-Shâfi'î eut son plus grand impact. Ses principaux disciples étaient égyptiens. C'est là qu'il composa la nouvelle version de sa Risâla (celle qui nous est parvenue) et la majorité des textes rassemblés dans le Kitâb al-Umm. Cet enseignement égyptien est connu sous le nom d'al-Madhhab al-Jadîd (« le nouveau madhhab ») — celui qui fonde le shâfi'isme classique tel qu'il nous est parvenu.
Ses élèves principaux : L'imam Ahmad ibn Hanbal, l'imam Abou Ya'qûb al-Buwaytî, Abou Ibrâhîm Ismâ'îl ibn Yahyâ al-Muzanî, ar-Rabî' ibn Sulaymân al-Murâdî, Abou 'Alî al-Karâbîsî, Ibrâhîm ibn Khâlid Abou Thawr, et bien d'autres. Ce sont eux qui compilèrent et transmirent le Kitâb al-Umm après sa mort.
Sa méthode en fiqh : Ash-Shâfi'î fut le premier à systématiser les sources du fiqh en quatre piliers hiérarchisés : le Coran, la Sunna, l'ijmâ' (consensus) et le qiyâs (analogie). Sa Risâla est l'acte de naissance de la science du usûl al-fiqh en tant que discipline autonome. Avant lui, les juristes pratiquaient le fiqh ; c'est lui qui en théorisa les fondements.
Son attitude envers la Sunna : Il est célèbre pour avoir dit : « Si le hadith est authentique, alors c'est mon madhhab. » Et : « Tout ce que j'ai dit qui contredit un hadith authentique du Prophète ﷺ — jetez-le contre le mur. » Cette humilité face à la Sunna est le modèle de tous les mujtahidîn véritables.
Ses œuvres : Il écrivit environ 123 ouvrages selon certains récits. Parmi les plus célèbres :
Ar-Risâla — Son traité fondateur sur les principes de la jurisprudence (usûl al-fiqh), le premier ouvrage systématique jamais écrit sur ce sujet. Il y établit l'autorité prééminente, après le Coran, de la Sunna transmise dans les hadiths.
Kitâb al-Umm — Son ouvrage principal de fiqh positif, rassemblant ses avis juridiques sur toutes les questions, dicté à ses élèves en Égypte et compilé après sa mort. Ce livre est un chef-d'œuvre qui rassemble presque toute la pensée d'ash-Shâfi'î.
Ikhtilâf al-Hadîth — Sur les divergences apparentes dans les hadiths et leur résolution.
Musnad ash-Shâfi'î — Un recueil de hadiths qu'il transmit.
Ikhtilâf Mâlik wa ash-Shâfi'î — Les divergences entre Mâlik et lui-même.
Jimâ' al-'Ilm — Sur la science.
Ahkâm al-Qur'ân (reconstitué par ses élèves et par al-Bayhaqî) — Les rulings tirés du Coran.
Et de nombreux autres ouvrages, dont certains ne nous sont parvenus que par citations dans les livres de ses élèves.
Sa poésie : Ash-Shâfi'î était également un poète distingué, et son Dîwân contient des perles de sagesse encore récitées aujourd'hui. Il dit : « Si la poésie n'était pas un défaut pour les savants, j'aurais été à cette époque un poète plus excellent que Labîd ibn Rabî'a. »
Son décès : Il mourut à l'âge de 54 ans le 30 Rajab 204 H à al-Fustât, en Égypte, emporté par une maladie intestinale douloureuse qui l'affaiblit durant ses dernières années. Il fut enterré au cimetière de Banû 'Abd al-Hakam, près du mont al-Muqattam au Caire. Son mausolée dans le quartier qui porte aujourd'hui son nom au Caire est l'un des sites historiques les plus visités d'Égypte. Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : L'imam ash-Shâfi'î (رحمه الله) est l'architecte intellectuel de la jurisprudence islamique classique. Avant lui, le fiqh existait sous forme de traditions régionales ; après lui, il devint une science avec une méthodologie claire, des sources hiérarchisées et des règles d'ijtihâd explicites. Sa Risâla est le premier livre de usûl al-fiqh de l'histoire, et son Kitâb al-Umm est l'un des plus grands ouvrages de fiqh de tous les temps. Son madhhab se répandit en Égypte, au Shâm, au Yémen, en Asie du Sud-Est et en Afrique de l'Est, devenant l'un des deux plus grands madhâhib d'Ahl as-Sunna par le nombre de ses adeptes. Mais son influence dépasse son propre madhhab : tous les mujtahidîn qui vinrent après lui — qu'ils soient hanafites, mâlikites, hanbalites ou zâhirites — héritèrent, consciemment ou non, de sa méthode systématique. Son parcours personnel — l'orphelin pauvre qui écrivait sur des os et qui devint le maître de toute la Oumma — est une preuve vivante que la sincérité, la pauvreté et la quête incessante du savoir sont les marques des saints serviteurs d'Allâh. Qu'Allâh nous fasse bénéficier de sa science.


