Ibn Hazm
ابن حزم
À propos de l'auteur
Nom complet : Abou Muhammad 'Alî ibn Ahmad ibn Sa'îd ibn Hazm ibn Ghâlib al-Andalusî al-Qurtubî az-Zâhirî.
Naissance et décès : Il est né en novembre 994 (384 H) à Cordoue, dans le Califat de Cordoue, dans l'actuelle Espagne, et il est décédé le 15 août 1064 (28 Sha'bân 456 H) dans son domaine familial de Manta Lîsham, qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Sa place dans la Oumma : L'Encyclopédie de l'Islam le décrit comme ayant été l'un des penseurs majeurs du monde musulman. Adh-Dhahabî dit de lui : « C'était un juriste, un hâfiz du hadith, un orateur, un littérateur, un ministre, auteur de nombreux livres, et un zâhirite. Il possédait une mémoire très vive, était extrêmement perspicace et profondément contemplatif. » Il produisit environ 400 ouvrages, dont seulement 40 ont survécu. Au total, ses écrits représentaient quelque 80 000 pages. On disait de son temps : « la langue d'Ibn Hazm et l'épée d'al-Hajjâj sont les deux faces d'un même instrument » — allusion à la férocité de sa plume.
Ses origines : Sa famille était d'origine persane (mawâlî) ou, selon d'autres, arabe yéménite, installée en al-Andalus depuis des générations. Son père était un homme d'État au service du califat omeyyade de Cordoue. Ibn Hazm grandit dans un environnement de luxe et de pouvoir, dans les palais de Cordoue, ce qui lui donna un accès privilégié à l'éducation et aux bibliothèques.
Sa formation : Il reçut une éducation complète dès son enfance dans les palais, étudiant la langue arabe, le hadith, le fiqh et la poésie. Il fut initialement un adepte de l'école mâlikite, puis passa à l'école shâfi'ite vers l'âge de trente ans, avant de se fixer définitivement sur l'école zâhirite. Il étudia les principes de cette dernière auprès d'Abou al-Khiyâr al-Dâwûdî az-Zâhirî de Santarém.
Son parcours politique et ses épreuves : La chute du califat omeyyade de Cordoue bouleversa sa vie. Il fut fréquemment emprisonné comme suspect de sympathie omeyyade. Après l'effondrement du califat en 1031, il se retira dans le domaine familial et commença à exprimer ses convictions sous forme littéraire et juridique. Ses opposants politiques et religieux prirent le pouvoir, et il accepta une offre d'asile du gouverneur de l'île de Majorque dans les années 1040, où il continua à propager l'école zâhirite. Finalement, ses livres furent brûlés publiquement par ses adversaires parmi les fuqahâ' mâlikites, et il fut déclaré hérétique par certains d'entre eux. Il se retira dans un village jusqu'à la fin de sa vie.
Son madhhab — L'école zâhirite : Ibn Hazm est le plus grand représentant et codificateur de l'école zâhirite (littéraliste). Les zâhirites rejetaient la légitimité des jugements juridiques basés sur le qiyâs (raisonnement par analogie) et se concentraient sur les sens littéraux des injonctions juridiques du Coran et du hadith. Ils rejetaient également l'istihsân (préférence juridique), l'istislâh (intérêt public), et le recours à l'opinion personnelle (ra'y). Ibn Hazm limitait la validité du consensus (ijmâ') aux Compagnons du Prophète ﷺ uniquement.
Cette méthodologie le mena à des positions qui contredisaient souvent celles des quatre madhhabs reconnus, ce qui lui valut de nombreuses critiques mais aussi l'admiration de ceux qui appréciaient son indépendance intellectuelle et son attachement aux textes.
Ses œuvres : Parmi ses ouvrages les plus célèbres :
Al-Muhallâ bi al-Âthâr — Son encyclopédie juridique monumentale et son œuvre maîtresse. Il y discute chaque question séparément, cite les avis des savants anciens — non seulement des quatre écoles mais aussi de savants comme al-Hasan al-Basrî, al-Layth ibn Sa'd, 'Atâ', Sufyân ath-Thawrî et al-Awzâ'î — puis produit les preuves en faveur de son propre avis. Sheikh Muhammad Abou Zuhra dit de ce livre : « C'est véritablement et précisément le pilier du fiqh islamique, et c'est un livre extrêmement utile. » Il a préservé de nombreux avis de savants anciens dont les œuvres ont été perdues, ce qui en fait une source irremplaçable pour l'histoire du fiqh. Cependant, son style très tranchant et parfois blessant dans la critique de ses opposants a été reproché par de nombreux savants.
Al-Ihkâm fî Usûl al-Ahkâm — Son grand ouvrage sur les fondements du fiqh (usûl al-fiqh), dans lequel il expose en détail la méthodologie zâhirite.
Al-Fisal fî al-Milal wa al-Ahwâ' wa an-Nihal — Une étude critique des systèmes de pensée philosophiques et religieux, dans laquelle il examine les croyances des sceptiques, des péripatéticiens, des zoroastriens, des juifs et des chrétiens pour établir la prééminence de l'islam. Il est considéré comme l'un des pères du domaine des religions comparées.
Al-Ijmâ' — Un court ouvrage dans lequel il répertorie les questions de fiqh faisant l'objet d'un consensus entre les savants.
Tawq al-Hamâma (Le collier de la colombe) — Son célèbre ouvrage littéraire sur l'amour et les amoureux, un chef-d'œuvre de la littérature arabe.
Jawâmi' as-Sîra an-Nabawiyya — Un résumé de la biographie prophétique.
Al-Akhlâq wa as-Siyar (Traité de morale) — Un ouvrage d'éthique dans lequel il dit cette parole célèbre : « N'use de ton énergie que pour une cause plus noble que toi-même. Une telle cause ne peut se trouver qu'en Allâh Tout-Puissant Lui-même : prêcher la vérité, défendre l'honneur, repousser l'humiliation que ton Créateur ne t'a pas imposée, aider l'opprimé. »
Points de mise en garde : En toute honnêteté, il faut mentionner ce que les savants ont dit à son sujet :
Il avait une langue acerbe dans la critique, ce qui lui valut de nombreux ennemis. Adh-Dhahabî lui-même, tout en louant sa science, lui reprocha cette dureté. De nombreux savants mâlikites et d'autres écoles ont mis en garde contre certaines de ses positions jugées extrêmes ou isolées (shâdhdha).
Par ailleurs, certaines de ses positions en 'aqîda ont été critiquées, notamment des tendances au ta'tîl (négation) de certains Attributs divins dans certains passages. Cependant, dans d'autres passages, il affirme les Attributs conformément au zâhir des textes. Sa méthodologie en 'aqîda est donc considérée comme inconstante par certains savants.
Son décès : Il vécut dans son village, continuant d'enseigner ses étudiants jusqu'à sa mort en 456 H. Il mourut à l'âge de 72 ans, qu'Allâh lui fasse miséricorde et lui pardonne.
Son héritage : L'imam Ibn Hazm reste l'une des personnalités les plus fascinantes de l'histoire intellectuelle de l'islam. Son indépendance totale vis-à-vis du taqlîd, son attachement aux textes du Coran et de la Sunna, son courage face à l'adversité et sa production scientifique colossale en font un savant unique. Aujourd'hui, il reste un savant très célébré, et son école de pensée continue d'attirer un nombre croissant de chercheurs. Son Muhallâ est indispensable pour tout savant qui veut exercer l'ijtihâd, et son Fisal est une référence dans l'étude des religions. Mais le musulman sage lit ses œuvres avec la rigueur du chercheur, en prenant ce qui est conforme aux preuves et en délaissant ce qui s'en écarte, comme il le ferait avec tout savant qui n'est pas infaillible. Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et nous fasse bénéficier de ce qu'il y a de meilleur dans sa science.
