Ibrahim al-Halabi
إبراهيم الحلبي
À propos de l'auteur
Nom complet : Burhân ad-Dîn Ibrâhîm ibn Muhammad ibn Ibrâhîm al-Halabî.
Naissance et décès : Il est né vers 860 H (1460) à Alep (Halab), dans le sultanat mamelouk, et il est décédé en 956 H (1549) à Istanbul, qu'Allâh lui fasse miséricorde. Sa vie s'étendit sur plus de 90 ans consacrés à la science et à l'enseignement.
Sa place dans la Oumma : L'historien et diplomate autrichien Hammer-Purgstall l'inclut parmi les dix plus grands juristes du XVIe siècle, l'âge d'or de l'Empire ottoman. Il est considéré comme l'un des plus brillants juristes hanafites de son époque, et son œuvre majeure, le Multaqâ al-Abhur, devint le texte de référence officiel du fiqh hanafite dans tout l'Empire ottoman pendant trois siècles.
Sa formation : Il étudia d'abord auprès des savants locaux d'Alep, sa ville natale. Puis, à la fin du XVe siècle, il se rendit au Caire, la capitale du sultanat mamelouk, où il étudia vraisemblablement à al-Azhar, qui proposait un programme en jurisprudence hanafite. Il étudia également auprès du célèbre savant Jalâl ad-Dîn as-Suyûtî (mort en 1505), le grand muhaddith et mufassir. Il étudia le hadith, le tafsîr, les usûl et le fiqh auprès de savants éminents. Il est à noter qu'il réfuta plus tard as-Suyûtî sur certaines de ses positions, notamment concernant sa défense d'Ibn 'Arabî, montrant ainsi son indépendance intellectuelle et son attachement à la vérité.
Son installation à Istanbul : Vers l'an 1500, al-Halabî s'installa à Istanbul, capitale de l'Empire ottoman. Ses qualifications furent rapidement reconnues, et il occupa les postes d'imam et de khatîb dans plusieurs mosquées, jusqu'à être nommé aux mêmes fonctions dans la prestigieuse Mosquée du Sultan al-Fâtih. Il fut également désigné comme enseignant dans la nouvelle Dâr al-Qurrâ' fondée par le Cheikh al-Islâm Sa'dî Tchélébi. Il était autorisé à émettre des fatwas officielles aux côtés des principaux muftis de l'Empire ottoman, et le mufti suprême le consultait sur les questions complexes.
Sa science : Il maîtrisait l'arabe, le tafsîr, le hadith, les qirâ'ât, le fiqh et les usûl, avec une excellente rétention des furû' (branches détaillées) du fiqh hanafite.
Ses œuvres majeures :
Multaqâ al-Abhur (La confluence des mers) — Son chef-d'œuvre et l'une des œuvres les plus influentes de toute l'histoire du fiqh hanafite. Ce texte synthétise avec une clarté et une précision remarquables le contenu des quatre mutûn (textes fondamentaux) principaux du fiqh hanafite : le Mukhtasar d'al-Qudûrî, le Mukhtâr d'al-Mawsilî, le Kanz ad-Daqâ'iq d'an-Nasafî, et la Wiqâya. Sous le règne du sultan Sulaymân al-Qânûnî (le Magnifique), le Multaqâ remplaça le Kanz ad-Daqâ'iq comme manuel standard dans les madrasas ottomanes et conserva cette prééminence pendant trois siècles. Un observateur européen de l'époque remarqua : « Le Sultan règne sur les Turcs, mais le Coran et le Multaqâ règnent sur le Sultan. » Le code civil ottoman, la Majalla, promulgué en 1877, incorpore plus de passages traduits directement du Multaqâ que de toute autre source.
Ghunyat al-Mutamallî — Connue en turc sous le nom de Halabî-yi Kabîr (le Grand Halabî), c'est un commentaire détaillé du Munyat al-Musallî sur les règles de la prière. Il en écrivit aussi une version abrégée, le Halabî Saghîr (le Petit Halabî). Ces deux ouvrages devinrent des manuels très répandus pour l'enseignement de la prière dans le monde ottoman.
Tasfîh al-Ghâbî fî Tanzîh Ibn 'Arabî et Ni'mat adh-Dhâriya fî Nusrat ash-Sharî'a — Deux ouvrages polémiques dans lesquels il réfuta la doctrine du wahdat al-wujûd (l'unicité de l'existence) d'Ibn 'Arabî, qu'il considérait comme dépassant les limites de la Sharî'a et de la Sunna. Il eut une grande influence sur la position plus critique que les 'ulamâ ottomans adoptèrent ensuite vis-à-vis d'Ibn 'Arabî.
Il écrivit aussi un Mukhtasar al-Jawâhir al-Mudiyya sur les tabaqât (biographies) des savants hanafites, une biographie versifiée du Prophète ﷺ en 63 vers avec son propre commentaire, ainsi que Al-Hilya ash-Sharîfa sur les vertus du Prophète ﷺ, basé principalement sur le Kitâb ash-Shifâ' du Qâdî 'Iyâd.
Son caractère : Il était un savant courageux qui ne craignait pas de prendre position contre les pratiques qu'il considérait comme des innovations, même face à la pression de ses contemporains. Il réfuta notamment la pratique du qiyâm (se lever) lors de la mention de la naissance du Prophète ﷺ dans les assemblées du mawlid, la considérant comme sans fondement dans la Sharî'a, et ce malgré les critiques et les reproches qu'il reçut.
Son décès : Il mourut en 956 H (1549) à Istanbul, après plus de quarante ans passés dans cette ville au service de la science et de l'enseignement. Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : L'imam al-Halabî reste l'un des plus grands juristes de l'ère ottomane. Son Multaqâ al-Abhur est un monument du fiqh hanafite qui a façonné le système juridique de l'un des plus vastes empires de l'histoire de l'islam. Son courage dans la défense de la Sunna contre les innovations et les dérives doctrinales fait de lui un exemple pour les étudiants en science. Il incarne la rigueur du faqîh, la fidélité au madhhab et l'indépendance du savant qui ne recherche que la vérité.
