Hafidh al-Din al-Nasafi
حافظ الدين أبو البركات النسفي
À propos de l'auteur
Nom complet : Abou al-Barakât Hâfiz ad-Dîn 'Abd Allâh ibn Ahmad ibn Mahmûd an-Nasafî al-Hanafî.
Naissance et décès : Sa date exacte de naissance est inconnue, mais plusieurs sources estiment qu'il naquit vers 620 H. Il y a divergence sur sa date de décès : on dit 701 H, et on dit 710 H. La date la plus communément retenue est 710 H (1310). Il était des habitants d'Îdhaj (dans les districts d'Ispahân), et y mourut. Qu'Allâh lui fasse miséricorde.
Note importante : Il faut distinguer deux grands savants hanafites d'Asie centrale portant la nisba « an-Nasafî » :
- Najm ad-Dîn Abou Hafs 'Umar an-Nasafî (mort en 537 H) — auteur des célèbres 'Aqâ'id an-Nasafiyya (texte de 'aqîda mâturîdite classique) et d'un Tafsîr
- Hâfiz ad-Dîn Abou al-Barakât an-Nasafî (mort en 710 H) — notre imam, auteur du Kanz ad-Daqâ'iq, des Madârik at-Tanzîl et du Manâr
Ces deux savants sont souvent confondus par les chercheurs, notamment dans l'attribution du Tafsîr an-Nasafî. Le célèbre Madârik at-Tanzîl est bien l'œuvre de notre Abou al-Barakât (رحمه الله).
Sa nisba : Sa nisba vient de Nasaf en Transoxiane, entre Jayhûn (Oxus/Amou-Daria) et Samarcande. Il s'agit de la ville actuellement appelée Qarshî (Qashqadaryo) dans le sud de l'Ouzbékistan. Cette ville fut l'un des grands foyers du savoir hanafite et mâturîdite d'Asie centrale, et produisit plusieurs grands imams.
Sa place dans la Oumma : Il était d'une science vaste, d'une grande stature, un maître dans le fiqh et les usûl, excellent dans le hadith. Il aimait les soufis, et punit Ibn Abî Hajala pour ses paroles contre Ibn al-Fârid. An-Nasafî était l'un des zâhids de la fin de son époque et parmi les savants agissant par leur science. Il a de nombreuses compositions en fiqh, usûl et tafsîr. Les savants le désignent par les titres suivants : « L'imam, le 'allâma, le muhaddith, le hâfiz, le mufassir, l'historien, le faqîh, le Sheikh Abou al-Barakât Hâfiz ad-Dîn. »
Il occupe dans le madhhab hanafite une place singulière : il est à la fois l'auteur d'un matn fondamental de fiqh (Kanz ad-Daqâ'iq), d'un matn majeur d'usûl al-fiqh (al-Manâr), et d'un grand tafsîr de référence (Madârik at-Tanzîl). Peu de savants ont réussi à produire des œuvres de référence simultanément dans ces trois grandes disciplines.
Sa formation : Il étudia auprès de nombreux cheikhs, parmi lesquels : al-Wajîh ar-Râzî, Shams al-A'imma al-Kardarî, as-Sirâj ath-Thaqafî, et az-Zayn al-Badwânî. Il transmit az-Ziyâdât d'Ahmad ibn Muhammad al-'Attâbî, et as-Saghnâqî entendit de lui. Il accomplit le Hajj, ses mérites apparurent, et il voyagea à Baghdâd.
Shams al-A'imma al-Kardarî — son maître principal — était lui-même un grand faqîh hanafite d'Asie centrale, héritier de la chaîne pédagogique remontant à al-Marghînânî (l'auteur de al-Hidâya). Ainsi, notre imam an-Nasafî se rattache directement aux grands maîtres hanafites de Mâ Warâ' an-Nahr.
Sa 'aqîda : An-Nasafî (رحمه الله) suivait la voie mâturîdite en 'aqîda, comme la quasi-totalité des fuqahâ' hanafites d'Asie centrale — dans la lignée d'Abou Mansûr al-Mâturîdî, d'an-Nasafî le précédent, d'al-Bazdawî et des grands maîtres de Samarcande et Boukhara. Il composa d'ailleurs une Manzûma fî al-Khilâf (poème sur les divergences) et un matn de 'aqîda intitulé al-'Umda fî Usûl ad-Dîn (parfois appelé 'Umdat 'Aqîdat Ahl as-Sunna wa al-Jamâ'a) qu'il commenta lui-même dans al-I'timâd fî al-I'tiqâd.
Ses voyages et sa fin de vie : Il voyagea à Baghdâd, accomplit le Hajj, puis s'établit finalement à Îdhaj (ou Îdhaj-Khûristân) — une ville située entre le Khûzistân et Ispahân, dans l'actuel Iran. C'est là qu'il passa ses dernières années à enseigner et à écrire, et c'est là qu'il mourut.
Ses œuvres : Hâfiz ad-Dîn an-Nasafî (رحمه الله) laisse un héritage littéraire exceptionnel qui a structuré plusieurs disciplines. Voici ses œuvres majeures :
Madârik at-Tanzîl wa Haqâ'iq at-Ta'wîl (Les Entendements de la Révélation et les Réalités de l'Interprétation) — Connu universellement sous le nom de Tafsîr an-Nasafî. C'est un tafsîr de taille moyenne qu'il abrégea du Tafsîr al-Kashshâf et du Tafsîr al-Baydâwî. C'est l'un des tafsîr les plus équilibrés et les plus lus dans le monde sunnite. Sa particularité est d'avoir repris les immenses subtilités linguistiques et rhétoriques du Kashshâf d'az-Zamakhsharî (qui était mu'tazilite) en le nettoyant des positions mu'tazilites et en y substituant la 'aqîda sunnite (mâturîdite/ash'arite). Il est publié en trois volumes et reste aujourd'hui l'un des ouvrages de tafsîr les plus étudiés, particulièrement dans les écoles hanafites de Turquie, d'Asie centrale et du sous-continent indien.
Kanz ad-Daqâ'iq (Le Trésor des Subtilités) — L'un des mutûn adoptés dans le madhhab hanafite. L'auteur l'abrégea de son propre livre al-Wâfî. C'est l'un des quatre mutûn fondamentaux du fiqh hanafite post-classique (avec al-Wiqâya, Majma' al-Bahrayn d'Ibn as-Sâ'âtî et al-Mukhtâr d'Ibn Mawdûd al-Mawsilî). Il y résuma al-Wâfî en mentionnant ce qui est fréquent, englobant les questions de fatwa et les cas d'espèce. Il utilisa le symbole hâ' pour Abou Hanîfa, sîn pour Abou Yûsuf, mîm pour Muhammad, zây pour Zufar, fâ' pour ash-Shâfi'î et kâf pour Mâlik. Les savants et fuqahâ' s'y consacrèrent et multiplièrent ses commentaires.
Les commentaires majeurs du Kanz ad-Daqâ'iq sont nombreux :
- Tabyîn al-Haqâ'iq de Fakhr ad-Dîn az-Zayla'î (mort en 743 H)
- Al-Bahr ar-Râ'iq d'Ibn Nujaym al-Misrî (mort en 970 H)
- An-Nahr al-Fâ'iq de Siraj ad-Dîn Ibn Nujaym (frère du précédent)
Al-Wâfî fî al-Furû' (Le Suffisant dans les branches) — Un ouvrage de fiqh hanafite étendu, dont il abrégea le Kanz. Publié en trois volumes. C'est l'œuvre-source qui a donné naissance au Kanz.
Al-Kâfî fî Sharh al-Wâfî (Le Suffisant dans le commentaire du Wâfî) — Son propre commentaire de son Wâfî. Publié en douze volumes. C'est l'une des plus vastes encyclopédies du fiqh hanafite.
Al-Manâr fî Usûl al-Fiqh (Le Phare dans les fondements du fiqh) — Son matn fondamental en usûl al-fiqh selon la méthode hanafite (tarîqat al-fuqahâ'). Il est considéré comme l'un des trois grands mutûn d'usûl hanafite avec al-Muntakhab al-Husâmî et al-Manâr lui-même. C'est un texte très étudié, mémorisé par les étudiants en usûl hanafite.
Kashf al-Asrâr Sharh al-Manâr (La Découverte des Secrets) — Son propre commentaire de son Manâr. Ce commentaire par l'auteur lui-même est d'une importance capitale pour comprendre les intentions précises du matn. Il est publié et largement étudié.
Al-'Umda fî 'Aqîdat Ahl as-Sunna wa al-Jamâ'a — Son matn en 'aqîda, qu'il commenta lui-même dans al-I'timâd fî al-I'tiqâd.
Son décès : Il était un faqîh hanafite et un mufassir, habitant d'Îdhaj (dans les districts d'Ispahân), où il mourut. Sa tombe se trouve à Îdhaj. Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde et l'accueille dans Firdaws al-A'lâ.
Son héritage : L'imam Hâfiz ad-Dîn Abou al-Barakât an-Nasafî (رحمه الله) est l'une des figures les plus essentielles du madhhab hanafite dans sa forme post-classique. Son œuvre présente une particularité unique : il a produit un matn de référence dans trois disciplines majeures simultanément. Son Kanz ad-Daqâ'iq est l'un des quatre mutûn hanafites fondamentaux étudiés aujourd'hui encore de Sarajevo à Jakarta, et commenté par les plus grands fuqahâ' tardifs. Son Manâr en usûl al-fiqh est, depuis sept siècles, l'un des textes de base d'usûl hanafite. Son Madârik at-Tanzîl — qui a eu le génie de « purifier » l'inégalable Kashshâf d'az-Zamakhsharî de ses positions mu'tazilites tout en conservant ses trésors linguistiques — demeure l'un des tafsîr les plus équilibrés et les plus lus dans toute l'histoire sunnite. Son Wâfî et son Kâfî forment une encyclopédie du fiqh hanafite. À cela s'ajoute son œuvre en 'aqîda mâturîdite avec al-'Umda et son commentaire. Cette productivité dans quatre disciplines — tafsîr, fiqh, usûl et 'aqîda — fait de lui un véritable moujaddid du madhhab hanafite au tournant du VIIIe siècle hégirien. Son choix final de vivre à Îdhaj, loin des grandes capitales, témoigne de son zuhd et de sa concentration exclusive sur la science. Qu'Allâh nous fasse bénéficier de sa science et élève sa demeure dans les plus hauts degrés du Paradis.
