Section : Le témoignage de celui qui se rase la barbe doit-il être rejeté ?
Abû Hâmid al-Ghazâlî rapporte dans l’Ihyâ’ : « ʿUmar ibn al-Khattâb – qu’Allah l’agrée – et Ibn Abî Yaʿlâ, le cadi de Médine, ont refusé le témoignage de quiconque s’arrachait la barbe (1). »
Le recueil al-Muyassar ʿalâ Khalîl, en droit malikite, précise que celui qui la rase sciemment doit être châtié et que son témoignage est récusé. Le shaykh Muḥammad Ḥabîb Allâh ash-Shinqîṭî l’a mis en vers :
« Dans le Muyassar, son témoignage se voit rejeté,
et l’on corrige de la verge celui qui le fait délibérément (2). »
L’imam vérificateur Ibn Qayyim al-Jawziyya – qu’Allah lui fasse miséricorde – déclare :
« Quant à l’avis juridique (fatwâ) du pécheur notoire (fâsiq), s’il émet une fatwâ destinée à autrui, celle-ci n’est pas recevable et il n’est pas permis au requérant de le consulter. En revanche, il lui est loisible d’agir selon la fatwâ qu’il s’édicte à lui-même, sans être tenu d’émettre des fatwas pour les autres. S’agissant de la consultation d’une personne dont l’état intérieur est voilé (mastûr al-ḥâl), deux opinions existent ; la plus juste est qu’il est permis de le consulter et qu’il lui est permis de donner fatwâ. »
Je dis : il en va de même pour le pécheur notoire, à moins qu’il n’affiche ouvertement sa turpitude et n’appelle à son innovation (blâmable) ; alors, le statut de sa consultation est identique à celui de son imamat et de son témoignage. Tout cela varie selon les lieux, les époques, la capacité ou l’incapacité. L’obligation est une chose, la réalité en est une autre. Le véritable juriste est celui qui fait coïncider l’idéal et le réel, qui applique l’obligation dans la mesure de ses moyens, et non celui qui jette l’inimitié entre le réel et l’obligatoire. Chaque époque a sa règle ; les gens ressemblent davantage à leur temps qu’à leurs pères. Lorsque la turpitude se généralise et domine les habitants de la terre, si l’on interdisait alors l’imamat des débauchés, de même que leurs témoignages, jugements, fatwas et charges publiques, les sentences légales seraient paralysées et l’ordre social se trouverait corrompu.