Ibn al-Qayyim — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit : Quant à Abû Ḥanîfa, Zufar, Abû Yûsuf et Muḥammad, leur position au sujet des cheveux de la tête et de la moustache est que raser de très près (al-iḥfâʾ) est préférable à les raccourcir. Certains mâlikites ont rapporté qu’al-Shâfiʿî partageait l’avis d’Abû Ḥanîfa concernant le rasage de la moustache. Al-Ṭaḥâwî déclare : « Je n’ai trouvé, de la part d’al-Shâfiʿî, aucun texte explicite à ce sujet ; toutefois, les deux disciples que nous avons côtoyés, al-Muzanî et al-Rabîʿ, rasaient leurs moustaches de très près ; cela montre qu’ils tenaient cette pratique d’al-Shâfiʿî. » Al-Athram rapporte de l’imâm Aḥmad qu’il rasait sa moustache d’une façon très prononcée ; je l’ai entendu interrogé sur la sunna relative au rasage de la moustache et il répondit : « On la rase de très près. » Ḥanbal relate encore que l’on demanda à Abû ʿAbd Allâh : « Penses-tu qu’un homme doive prendre sa moustache et la raser à ras, ou comment doit-il la couper ? » Il répondit : « S’il la rase à ras, il n’y a pas de mal ; s’il se contente de la couper, il n’y a pas de mal non plus. » Abû Muḥammad écrit dans al-Mughnî : « L’intéressé a le choix entre la raser de très près et la couper. » An-Nawawî rapporte dans son Sharḥ Muslim que certains savants penchent de même pour laisser à chacun le choix entre le rasage à ras et le simple raccourcissement. Al-Ṭaḥâwî, pour sa part, transmet le rasage à ras de la part d’un groupe de Compagnons — Abû Saʿîd, Abû Usayd, Râfiʿ ibn Khadîj, Sahl ibn Saʿd, ʿAbd Allâh ibn ʿUmar, Jâbir et Abû Hurayra — qu’Allah les agrée tous.
Ibn al-Qayyim — qu’Allah lui fasse miséricorde — poursuit : Ceux qui ne considèrent pas le rasage à ras comme requis s’appuient sur les deux hadiths remontant à ʿÂʾisha et Abû Hurayra — qu’Allah les agrée — dans lesquels le Prophète ﷺ dit : « Dix pratiques relèvent de la disposition naturelle », et il y mentionne « raccourcir la moustache » ; ainsi que sur le hadith d’Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — où il est question de « cinq pratiques de la disposition naturelle », parmi lesquelles « raccourcir la moustache ». Les partisans du rasage à ras, quant à eux, invoquent les hadiths qui en donnent l’ordre explicite — ils sont authentiques —, ainsi que le hadith d’Ibn ʿAbbâs — qu’Allah l’agrée : « Le Messager d’Allah ﷺ rasait sa moustache de très près. »
Al-Shawkânî explique enfin : Le terme iḥfâʾ ne signifie pas, comme l’a avancé an-Nawawî, « rasez ce qui dépasse de la lèvre supérieure », mais bien « ôter entièrement », ainsi que l’attestent al-Ṣiḥâḥ, al-Qâmûs, al-Kashshâf et l’ensemble des dictionnaires de langue. La version qui parle de « couper » n’est pas contradictoire : on peut en effet couper à ras ou non ; la version exprimant le rasage à ras précise donc l’intention. De même, le hadith principal de ce chapitre — « Celui qui ne prend rien de sa moustache n’est pas des nôtres » — n’entre pas en conflit avec la version ordonnant le rasage à ras, car cette dernière comporte un apport supplémentaire auquel il faut nécessairement se conformer. Et quand bien même on poserait une opposition absolue, la version