Ibn al-Athîr précise dans son lexique Al-Nihâya : « La mutilation, lorsqu’il s’agit du poil, consiste à le raser sur les joues » ; d’autres disent : « à l’arracher ou à le teindre en noir ».
Ibn ʿAsâkir rapporte qu’ʿUmar b. ʿAbd al-ʿAzîz a déclaré : « Raser la barbe est une mutilation, et le Messager d’Allah ﷺ a interdit toute mutilation. »
Shâh Walî Allâh ad-Dahlawî écrit dans Al-Ḥujja al-Bâliġa : « La couper – c’est-à-dire la barbe – est une pratique des Mages et cela relève du changement de la création d’Allah. » (1)
Or, si certains savants ont assimilé à une mutilation le simple fait d’exagérer dans la coupe de la barbe, et si d’autres ont considéré que supprimer totalement la moustache par rasage était, lui aussi, une mutilation, que dire alors de l’éradication complète de la barbe ? Le visage ne mérite-t-il pas d’être honoré et protégé contre la mutilation et l’abaissement ?
Celui qui s’autorise une telle pratique ne ressent-il pas l’écho de cette parole prophétique : « Lorsque l’un de vous combat son frère, qu’il évite le visage. » (2)
Dans une autre version : « Qu’il ne gifle pas le visage. » S’il en est ainsi, c’est parce que le visage est le siège de la beauté, que ses traits sont délicats et précieux ; ce qui possède de telles qualités mérite honneur et sauvegarde, non mutilation et avilissement. Allah sait mieux.
Objection :
L’adversaire avance : « Il n’est pas recevable de rattacher la barbe au namṣ (épilation des sourcils) au motif de la modification de la création d’Allah, car leurs réalités linguistiques diffèrent : le namṣ consiste à épiler le poil, tandis que le ḥalq consiste à le couper avec un rasoir. Le hadith fonde expressément l’interdiction du namṣ sur le changement de la création d’Allah, mais il n’en fait pas de même pour la barbe ; la seule raison donnée pour laisser pousser la barbe est la divergence d’avec les polythéistes. »
Réponse : elle se décline en plusieurs points.
Premièrement : c’est l’objectif qui est ici déterminant, non le moyen. Le Législateur a maudit celle qui pratique le namṣ – lequel consiste à ôter le poil en l’arrachant – et l’a rangé parmi les actes qui altèrent la création d’Allah, alors même que ce poil repousse après un certain temps ; par conséquent, éliminer le poil constitue un changement de la création d’Allah, que cela se fasse