La fiṭra se décline en deux dimensions :
- Une fiṭra qui relève du cœur : la connaissance d’Allah, Son amour et la préférence que l’on doit Lui accorder sur toute autre chose ;
- Une fiṭra pratique : les caractéristiques dont il est ici question.
La première élève l’âme et purifie le cœur ; la seconde purifie le corps, chacune venant au secours de l’autre et la fortifiant. Le pivot de la fiṭra corporelle est la circoncision. (1)
Al-Hâfiẓ Ibn Ḥajar – qu’Allah lui fasse miséricorde – déclare : « Autour de ces caractéristiques de la fiṭra gravitent des intérêts religieux et mondains que l’observation attentive permet de saisir : l’embellissement de l’apparence, la propreté du corps dans son ensemble et dans le détail, la précaution requise pour les deux types de purification, et la bienveillance envers ceux qui nous côtoient, en les prémunissant de tout ce qui les incommode, telle qu’une mauvaise odeur. Elles permettent aussi de se distinguer des insignes des mécréants – mages, juifs, chrétiens et idolâtres –, de se conformer à l’ordre du Législateur, et de préserver la grâce évoquée dans Sa parole : « … et Il vous a façonnés et vous a donné la plus noble des formes » (Coran 40 : 64). C’est comme s’il était dit : “Vos visages ont été embellis ; ne les enlaidissez pas, mais conservez-en la beauté.” Veiller à ces pratiques, c’est préserver la bienséance (al-murûʾa) et l’harmonie recherchée : lorsqu’un homme se présente avec une apparence soignée, les cœurs s’ouvrent plus volontiers à lui, ses paroles sont écoutées et son avis apprécié – et l’inverse est tout aussi vrai. » (2)
Objection : Le fait que laisser pousser la barbe fasse partie des caractéristiques de la fiṭra indiquerait qu’il ne s’agit pas d’une obligation, puisqu’elle est mentionnée aux côtés d’actes simplement recommandés.
Réponse : Le simple fait que la barbe figure parmi les caractéristiques de la fiṭra n’implique pas, en soi, qu’elle soit facultative ; son caractère obligatoire s’établit par d’autres preuves, et l’argument tiré de l’association ne saurait tenir tête à ces preuves. Quant à soutenir que, parce que la barbe est mentionnée avec d’autres pratiques de la fiṭra non obligatoires, elle serait elle aussi facultative, cet argument ne tient pas : rien n’empêche qu’un acte requis soit mentionné aux côtés d’actes surérogatoires. L’imâm An-Nawawî – qu’Allah lui fasse miséricorde – dit à ce sujet : « Il arrive que deux catégories différentes soient juxtaposées, comme dans la Parole d’Allah : “Mangez de ses fruits lorsqu’il fructifie, et acquittez-en le droit le jour de la récolte.” » (Coran 6 : 141). (3)