Objections et réponses
a) On avance que le rasage de la barbe ne constitue pas une imitation des femmes : en effet, l’imitation suppose un point commun partagé par les deux parties, et la femme n’ayant pas de barbe à raser, on ne saurait prétendre qu’un homme qui la rase l’imite ; on ne parle d’ailleurs jamais d’un visage féminin « rasé », contrairement à celui de l’homme.
Réponse : Toute personne douée de vue et de discernement voit bien que les joues de l’homme qui s’est rasé la barbe sont, par leur absence totale de poils, identiques à celles d’une femme. Ce qui compte, c’est le résultat final, observable, et non le moyen employé pour l’obtenir. Or ce résultat est que le visage de l’homme devient semblable à celui de la femme. Quant au moyen qui y conduit, il est interdit à titre secondaire, non en tant que fin autonome. Autrement, répondez : que diriez-vous d’une femme qui se fixerait sur le visage une barbe postiche faite de poils ? Diriez-vous qu’elle imite les hommes ou maintiendriez-vous qu’il n’y a pas imitation sous prétexte que la barbe de l’homme n’est pas artificielle, de sorte que la ressemblance disparaît ? Aucun esprit équitable ne le prétendra. L’essentiel est que la ressemblance dépend de la présence ou de l’absence de la barbe, non du moyen par lequel on obtient l’un ou l’autre état.
L’adversaire objecte :
b) Même en admettant qu’un homme qui se rase la barbe imite les femmes, cette ressemblance disparaît dès qu’il laisse pousser sa moustache, car il diffère alors du visage féminin.
Réponse : Ce qui est interdit, c’est d’imiter les femmes dans toute caractéristique qui établit une ressemblance, fût-ce dans un seul membre du corps à l’exclusion des autres. Ainsi, celui qui teindrait l’extrémité de ses membres au henné imiterait les femmes, même s’il porte une barbe, une moustache, une tunique et un turban. C’est ce que prouve le hadith rapportant que le Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — a banni le mukhannath (efféminé) qui s’était féminisé en teignant ses mains et ses pieds au henné (1).
L’adversaire poursuit :
La ʿilla (cause légale) du commandement de laisser pousser la barbe est explicitement mentionnée, puisque cet ordre est assorti de l’injonction de se démarquer des polythéistes. Or, une même règle ne peut être fondée sur deux ʿilla ; dès lors il est invalide de rattacher ce commandement à la cause qu’est l’absence de ressemblance avec les femmes.