dans le fondement même de la prescription, et d’autres fois dans sa modalité (1). Ainsi, lorsqu’ils rasent intégralement leurs barbes et leurs moustaches, nous nous opposons à eux sur la substance même de cet acte en laissant pousser la barbe et en taillant la moustache. S’ils laissent au contraire croître abondamment leurs barbes et leurs moustaches, nous nous accordons avec eux sur le principe – laisser pousser la barbe – mais nous divergeons quant à la façon de traiter la moustache : nous la coupons et retranchons ce qui dépasse la lèvre, comme l’a établi la sunna du Maître des fils d’Adam ﷺ ici-bas et dans l’au-delà.
Sixièmement : à supposer même que la cause légale de cette prescription réside dans la dissociation d’avec les Mages, celle-ci se décline pour les musulmans en deux formes, ainsi que l’a signalé le Shaykh de l’Islam – qu’Allah lui fasse miséricorde – dans son ouvrage « al-Iqtiḍâʾ ».
Première forme : se distinguer d’eux pour le seul motif de divergence, comme lorsque le Messager d’Allah ﷺ se démarqua des Gens du Livre en se faisant la raie, alors qu’il s’était d’abord accordé à eux en laissant retomber ses cheveux, par souci de conciliation.
(1) Anas b. Malik rapporte : « Chez les Juifs, lorsqu’une femme avait ses règles, on ne mangeait pas avec elle et l’on ne partageait pas la même maison. Les compagnons interrogèrent alors le Prophète ﷺ et Dieu révéla : “Ils t’interrogent au sujet des menstrues. Dis : c’est un mal ; éloignez-vous donc des femmes pendant leurs menstrues” (Cor. 2 : 222). Le Messager de Dieu ﷺ déclara : “Faites tout avec elles, sauf l’acte conjugal.” Quand les Juifs l’apprirent, ils dirent : “Cet homme ne veut rien laisser de nos usages sans s’y opposer.” Usayd b. Hudayr et ‘Abbad b. Bishr vinrent donc dire : “Ô Messager de Dieu, puisque les Juifs tiennent ces propos, ne devrions-nous pas, nous aussi, nous en abstenir ?” Le visage du Prophète ﷺ se rembrunit, si bien qu’ils crurent l’avoir mécontenté et se retirèrent. En chemin, ils furent rejoints par un présent de lait envoyé par le Prophète ﷺ ; celui-ci les fit rappeler et leur en fit boire, et ils comprirent qu’il ne leur en voulait pas. » Hadith rapporté par Muslim, Abû ‘Awâna et al-Tirmidhî.
Ibn Taymiyya explique dans Iqtidâ’ al-sirât al-mustaqîm : « Ce récit montre combien la Révélation a prescrit au Prophète de se distinguer des Juifs ; il s’est opposé à eux dans la plupart de leurs pratiques, au point qu’ils dirent : “Il ne veut rien laisser de nos usages sans y contrevenir.” Cette divergence peut porter tantôt sur le fond de la règle, tantôt sur sa modalité. Concernant la femme menstruée, il ne les a pas contredits sur le principe de l’évitement, mais sur la manière : Dieu a autorisé l’intimité hors de l’acte sexuel. Lorsque certains compagnons envisagèrent d’aller au-delà en délaissant ce que Dieu avait permis, le visage du Prophète ﷺ marqua sa désapprobation. Dans les questions de pureté rituelle, les Juifs étaient accablés de lourdes contraintes, tandis que les chrétiens ont fini par tout abandonner, au point de ne rien déclarer impur sans prescription divine. Dieu a guidé la communauté médiane vers une voie équilibrée : éviter ce que Dieu n’a pas interdit rapproche des Juifs, tandis que faire ce que Dieu a interdit rapproche des chrétiens. Le meilleur chemin reste celui de Muhammad ﷺ. »