16
Objection :
Certains avancent l’argument suivant : l’ordre relatif à la barbe consiste à la laisser pousser afin de se distinguer des mages. Or, disent-ils, cette dissociation constitue une cause intelligible susceptible de disparaître ; si la cause s’évanouit, l’effet disparaît avec elle. En d’autres termes, puisqu’aujourd’hui de nombreux polythéistes laissent pousser leur barbe, il conviendrait, pour continuer à nous distinguer d’eux — puisque c’est bien la dissociation qui est recherchée —, de faire le contraire.
Réponse : elle se décline en plusieurs points.
- L’ordre de laisser pousser la barbe figure, dans certains hadiths, sans qu’aucune raison de dissociation y soit mentionnée. Ainsi, dans le Ṣaḥîḥ de Muslim : « Il ordonna de laisser pousser la moustache et de laisser croître la barbe », sans qu’aucune cause ne soit indiquée.
- Nous ne concédons pas que la seule cause de cet ordre soit l’opposition aux mages ; il ne s’agit là que d’une partie de la cause. Parmi les autres motifs, il y a le fait que se raser la barbe revient à altérer la création d’Allah — comme l’ont affirmé certains savants — et que c’est une imitation des femmes ; or ces deux choses sont prohibées, et leur auteur est menacé de malédiction.
- Laisser pousser la barbe fait partie des traits de la disposition naturelle (fitra) tels que le hadith les énumère ; c’est la voie et la sunna des prophètes. Cette disposition naturelle ne varie pas avec les époques, même si certains s’en écartent.
L’imâm as-Suyûtî — qu’Allah lui fasse miséricorde — (1) a dit : « La meilleure définition de la fitra est qu’il s’agit de l’ancienne sunna choisie par les prophètes et consacrée par les législations, comme s’il s’agissait d’une inclination innée sur laquelle ils ont été créés. » Fin de citation.
Si donc les polythéistes laissent pousser leur barbe, on peut dire que, sur ce point précis des rites relevant de la fitra, leur nature est demeurée saine et qu’ils se sont conformés à la législation des prophètes — que la bénédiction et le salut soient sur eux ainsi que sur notre Prophète. Dans ce cas, la dissociation concernera la manière d’agir et non le principe même, comme il sera exposé, si Allah le veut. Quoi qu’il en soit, il ne nous est pas permis de rejeter ce qu’Allah a légiféré pour nous et ce sur quoi Il nous a créés, sous prétexte que certains adversaires dans la religion le pratiquent également. - Quant au fait que des polythéistes se rasent la barbe tout en laissant pousser leurs moustaches, ou qu’ils laissent abondamment l’une et l’autre,
(1) Tanwîr al-Hawâlik, commentaire du Muwaṭṭaʾ de l’imam Mâlik, vol. 2, p. 219.
شبهة:
قال بعضهم: الأمر الوارد في اللحية أمر بإعفائها مخالفة للمجوس، والمخالفة علة معقولة المعنى، ومن الممكن أن تزول العلة فيزول المعلول، وبعبارة أخرى يقولون: إن كثيرا من المشركين اليوم يعفون لحاهم فينبغي لكي نخالفهم ما دام المطلوب هو المخالفة.
والجواب من وجوه:
الأول: ورد الأمر بإعفاء اللحية في بعض الأحاديث غير معلل بعلة المخالفة، ففي صحيح مسلم: (أمر بإعفاء الشوارب وإعفاء اللحى) ولم يذكر له علة.
الثاني: لا نسلم أن العلة الوحيدة في الأمر بإعفاء اللحى هي مخالفة المجوس بل ذلك بعض العلة، ومن العلل أيضا أن حلقها تغيير لخلق الله كما ذهب إليه بعض العلماء، وتشبه بالنساء وكلاهما منهي عنه متوعد فاعله باللعن.
الثالث: أن إعفاء اللحية من خصال الفطرة كما نص عليه الحديث، وهي
طريقة الأنبياء وسننهم، وهذه الفطرة لا تتبدل بتبدل الأزمان وانحراف
البعض عنها.
قال السيوطي ﵀ (١): (وأحسن ما قيل في الفطرة أنها السنة القديمة التي اختارها الأنبياء وانفقت عليها الشرائع فكأنها أمر جبلي فطروا عليها) اهـ.
فإن أعفى المشركون لحاهم فقد سلمت فطرتهم في هذه الجزئية من سنن الفطرة ووافقوا فيها شرائع الأنبياء عليهم وعلى نبينا الصلاة والسلام وحينئذ تأتي المخالفة في وصف الفعل لا في أصله كما يأتي إن شاء الله وعلى أي حال فإنه لا يسوغ لنا رفض ما شرعه الله لنا وفطرنا عليه لمجرد أن يتلبس به بعض المخالفين لنا في الدين.
الرابع: إن حلق المشركين لحاهم مع إطالتهم شواربهم، أو توفيرهما
(١) تنوير الحوالك شرح موطأ الإمام مالك (٢/ ٢١٩).