Il énumère ensuite les « hauts faits » du khédive Ismâʿîl, citant entre autres qu’« il nous a fait porter les vêtements européens ». Il veut abroger la loi islamique en matière de polygynie et de divorce, de sorte que « quiconque se marie avec plus d’une femme soit puni de prison et que le divorce ne soit admis que par jugement d’un tribunal ». Il entend aussi déraciner de notre littérature tout cachet oriental, ce qu’il qualifie de « séquelles de l’esclavage, de l’humiliation et de la dépendance envers les dieux ». Puis il encense Napoléon et loue « les bénédictions » qu’il aurait répandues sur l’Égypte après lui, et il déclare : « Il est temps pour nous de nous accoutumer aux usages des Européens ; de porter leurs habits, de manger leur nourriture et d’adopter leurs méthodes, qu’il s’agisse du gouvernement, de la famille, de la vie sociale, de l’agriculture ou de l’industrie. » Il ajoute : « Nous avons besoin d’une culture libre, aussi éloignée que possible des religions. » À ses yeux, « adopter le chapeau est ce qui nous rapproche le plus des étrangers et fait de nous une seule nation ; il considère le chapeau comme “le symbole de la civilisation” que tout homme civilisé doit porter » (1).
Son audace atteint alors son comble lorsqu’il se moque de l’islam et de ses fidèles, disant : « Nous voilà désormais tiraillés entre l’Orient et l’Occident : nous disposons d’un gouvernement organisé selon les méthodes européennes, mais, en son sein, subsistent des corps orientaux tels que le Ministère des Biens waqfs et les tribunaux de la charia, qui freinent l’essor du pays. Nous avons une université qui diffuse parmi nous la culture du monde civilisé, mais la faculté de l’université al-Azhar se dresse à ses côtés pour propager la culture des siècles obscurs. Nous comptons des effendis déjà européanisés, qui possèdent des maisons propres et lisent des ouvrages convenables ; mais, à côté d’eux, se tiennent encore des cheikhs qui portent joubbas et caftans, n’hésitent pas à faire leurs ablutions au bord des routes dans les campagnes, et continuent de nommer…"