les prescriptions apparentes, véritables emblèmes de l’islam et plus illustres de ses piliers — la prière, l’aumône légale, le jeûne, le pèlerinage, etc. — qu’ils jettent par-dessus bord sans qu’aucun censeur ne les blâme. Faute de quoi il faudrait encore attribuer la contradiction à la Loi, pourtant préservée de toute imperfection, puisqu’elle fonde ses jugements sur ce que les gens manifestent dans ce monde ici-bas avant que ces rites ne soient finalement annulés sous prétexte de la bonne intention alléguée par ceux-là mêmes qui les ont bafoués. Or les hypocrites du temps du Messager d’Allah ﷺ ne sont jamais allés jusque-là : ils priaient avec lui, accomplissaient le pèlerinage à ses côtés, combattaient avec lui ; ils se mariaient et héritaient avec les musulmans, et ces derniers faisaient sur eux la prière funéraire et les enterraient parmi eux, se fiant à ce qu’ils laissaient paraître.
Nous disons donc : n’est-ce pas Celui qui a révélé les textes soulignant l’importance de l’intention qui a également révélé ceux qui donnent leur poids à l’apparence ? « Il ne parle pas sous l’effet de la passion (3) ; ce n’est qu’une révélation révélée » ﷺ. Et Allah — exalté soit-Il — a dit, en toute vérité : « S’il provenait d’un autre qu’Allah, ils y trouveraient maintes contradictions » (1).
Si les textes précédents ont posé le principe du lien entre l’extérieur et l’intérieur, d’autres l’ont explicité en démontrant l’influence réciproque de l’un sur l’autre. Ainsi, Nuʿmân ibn Bashîr rapporte : « Le Messager d’Allah ﷺ alignait nos rangs au point qu’il les arrangeait comme on dresse des flèches. Lorsqu’il constata que nous avions assimilé sa consigne, il sortit un jour, se tint debout, sur le point de prononcer le takbîr, puis aperçut un homme dont la poitrine dépassait du rang. Il dit : “Serviteurs d’Allah, alignez vos rangs, faute de quoi Allah fera diverger vos visages.” — Dans une autre version : “…vos cœurs.” » Rapporté par Muslim et Abû ʿAwâna ; la variante est due à Abû Dâwûd.
Le Prophète ﷺ indiquait ainsi que la moindre disparité extérieure — fût-ce dans l’alignement des rangs — conduit à la disparité des cœurs ; l’apparence influe donc sur la réalité intérieure. Voilà pourquoi il interdisait la dispersion, même lorsque des gens s’asseyaient ensemble, comme l’a relaté Jâbir ibn Samura (qu’Allah l’agrée).