« Assurément, maître Qays est un seigneur d’une rare bravoure et d’une haute noblesse, mais il n’a pas de barbe ; par Allah, si la barbe pouvait s’acheter à coups de dirhams, nous lui en aurions acquis une afin qu’il fût un homme parfait. »
Diviser la religion entre « écorce » et « noyau » produit chez les gens du commun les effets les plus néfastes : cela les pousse à prendre à la légère les prescriptions apparentes et les conduit à délaisser tout ce qu’ils ont relégué au rang d’« écorces ». Leurs cœurs n’y prêtent plus attention et se trouvent privés du degré le plus faible de la foi, à savoir la réprobation intérieure, qui constitue une obligation individuelle (farḍ ʿayn) pour chaque musulman face aux actes répréhensibles.
Même si, pour un instant, nous leur concédions cette distinction entre écorce et noyau, il nous faut attirer leur attention sur le fait que comparer les affaires de la religion à un fruit — lequel possède, comme elles, une écorce et un noyau, un extérieur et un intérieur — n’implique nullement que l’écorce créée par Allah l’ait été en vain, à Dieu ne plaise ! Bien au contraire, elle répond à une sagesse éclatante : protéger ce qu’elle renferme, le noyau lui-même. Cela nous oblige donc à ne pas mésestimer l’écorce, puisqu’elle est la gardienne fidèle du noyau ; il en va de même des prescriptions visibles de la religion, ainsi que l’a exposé plus haut Shaykh al-Islâm.
Relève du même ordre le partage de la religion en uṣûl (principes fondamentaux) et furûʿ (questions secondaires). Les savants qui ont introduit cette classification n’ont jamais entendu, par là, rendre l’accord obligatoire sur les uṣûl puis permettre une indulgence sans borne dans les furûʿ, comme l’imaginent certains pseudo-juristes de notre époque. On les voit ainsi diluer toute question accessoire sous prétexte que, tant que la divergence porte sur les furûʿ, elle serait une miséricorde ; c’est d’ailleurs la souche de leur maxime : « Qui imite un savant rencontrera Allah sain et sauf. »
Cette attitude a fini par pousser certains à suivre leurs passions et à rechercher les facilités sans s’enquérir de la preuve. Il en découle, par logique inverse, que l’accord serait un courroux — thèse qu’aucun musulman n’oserait soutenir. S’ils considéraient que la divergence est un mal, comme l’enseignait Ibn Masʿûd et d’autres, et comme l’attestent les textes du Livre et de la Sunna, ils s’emploieraient à l’unité ; ils l’auraient d’ailleurs atteinte dans nombre de ces questions contradictoires qu’il est impossible de concilier, à moins de justifier ce qui contredit la preuve et de retenir ce qui lui est conforme, faute de quoi ils attribueraient à la sharîʿa la contradiction — or Allah, exalté soit-Il, déclare :