de sorte que certains notables disposent d’une échappatoire pour ne pas se rendre coupables — de l’avis unanime — d’un interdit. J’ai alors appliqué la règle usûlienne suivante : selon la majorité, la forme impérative ifʿal indique l’obligation ; d’autres estiment qu’elle exprime la recommandation ; d’autres encore qu’elle renvoie indistinctement à l’une ou l’autre ; enfin, une opinion détaillée veut que, si l’ordre émane d’Allah dans le Coran, il implique l’obligation, tandis que, s’il vient du Prophète ﷺ — comme dans le présent hadith avec ses deux variantes « waf-firû » et « iʿ-fû » — il ne vaille que recommandation.
Ces avis ont été résumés par l’auteur de Marâqî as-Suʿûd dans la science des fondements du droit :
Chez la plupart, l’impératif signifie obligation ;
d’autres le tiennent pour recommandation, simple demande.
On a dit : l’ordre venant du Seigneur oblige,
mais celui de Son Envoyé n’indique que recommandation.
C’est ce dernier avis qu’il convient de présenter au commun des fidèles, puisque cette innovation exécrable s’est largement propagée ; elle est, chez les savants, encore plus blâmable. Quant aux autres, ils méritent davantage l’excuse. Nous implorons Allah de nous accorder la réussite afin de suivre la sunna et la voie éclatante ⦗1⦘. Fin de citation.
Mais ce qu’il y a de réellement étonnant, c’est la parole de l’un d’eux ⦗2⦘ : « Il est vrai qu’aucun des Anciens n’est rapporté avoir rasé sa barbe ; sans doute parce qu’ils n’en éprouvaient pas le besoin, telle était leur coutume. » Fin de citation.
Cette justification est tellement bancale que sa nullité suffit à la réfuter ; il aurait plutôt dû conclure, du fait qu’aucun d’entre eux ne s’est jamais rasé la barbe, qu’ils la jugeaient illicite. L’imam Ibn Ḥazm — qu’Allah lui fasse miséricorde (m. 456 H) — déclare dans Marâtib al-Ijmâʿ : « Ils sont unanimes à considérer que raser entièrement la barbe est une mutilation interdite. » Fin de citation.
De même, Shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya — qu’Allah lui fasse miséricorde (m. 728 H) — affirme : « Il est interdit de raser la barbe, au vu des hadiths authentiques, et personne ne l’a jamais permis. » Fin de citation.
Bien au contraire, les Anciens vouaient à la barbe un profond respect et la tenaient en haute estime, comme en témoigne l’histoire de Qays ibn Saʿd — qu’Allah l’agrée : il était glabre, sans barbe, si bien que les Anṣâr dirent :