la religion, ou comme une prescription à laquelle il serait impératif de se conformer, introduit dans la religion ce qui n’en fait pas partie.⦗1⦘ » Fin de citation.
Ces gens-là se satisfont de semblables allégations sans jamais reprendre les preuves exposées plus haut. Or, il est d’usage chez les gens de science que, lorsqu’une question fait l’objet d’une divergence, ils appuient leur fatwā sur des arguments recevables et réfutent ceux de leurs contradicteurs. Les imams des quatre écoles juridiques, ainsi que leurs premiers disciples, sont unanimes quant à l’obligation de laisser pousser la barbe ; quant à l’individu désinvolte qui la rase, il est encore aujourd’hui mentionné dans les ouvrages de fiqh comme un fâsiq (pécheur notoire) dont on ne reçoit pas le témoignage, car est fâsiq celui qui, au grand jour, commet un acte interdit.
Parmi ceux qui ont émis une fatwā invalidant son témoignage figure le shaykh Muḥammad Ḥabībullāh — qu’Allah lui fasse miséricorde. Dans son livre Fatḥ al-Munʿim, il affirme expressément l’interdiction de se raser la barbe ; puis il s’écarte aussitôt de la méthode scientifique en ajoutant juste après :
« Lorsque le fléau du rasage s’est généralisé dans les pays orientaux, au point que nombre de personnes pieuses ont imité autrui par crainte d’être la risée du commun, celui-ci étant accoutumé⦗2⦘ à la voir rasée selon leur coutume⦗3⦘, j’ai poussé la recherche aussi loin que possible afin de trouver un fondement permettant d’en déclarer le rasage licite, de sorte que… »
(1) Usûl al-fiqh, de Shaykh Muhammad Abû Zahra, p. 39-40. L’affirmation selon laquelle laisser pousser la barbe relèverait d’une simple coutume est infondée : les usages se répartissent en deux catégories. La première comprend ce sur quoi le Législateur divin est resté silencieux, sans obligation ni interdiction ; c’est alors permis et nul n’en est blâmé. La seconde englobe ce que le Législateur a expressément ordonné ou prohibé ; dès lors, la prescription ou l’interdit en fait une question religieuse. Bien des pratiques considérées comme de simples habitudes avant la mission prophétique ont ainsi été frappées d’interdiction et leur abandon est devenu une exigence religieuse : tatouage, épilation des sourcils, ajout de faux cheveux, lamentations funèbres, jeux de hasard, etc.
(2) Dans le manuscrit d’origine : « pour leurs fêtes ».
(3) Il s’agit d’un usage fallacieux qui contredit les preuves de la Sharîʿa et ne mérite donc aucune considération. Il eût mieux valu que le shaykh exhorte ces notables — et a fortiori les autres — à la patience dans la pratique religieuse, à tenir la braise ardente pour manifester les rites et obéir à Allah et à Son Messager. Faute de quoi, que faire des textes décrivant la condition d’« étrangeté » (ghurba) de l’islam en fin de temps, tels que la parole du Prophète ﷺ : « Tûbâ aux étrangers : des gens vertueux vivant parmi des gens mauvais, ceux qui leur désobéissent étant plus nombreux que ceux qui leur obéissent », rapportée par Ahmad et Ibn al-Mubârak avec une chaîne authentique ? Quel encouragement resterait-il si l’attachement aux textes ne constituait pas, en soi, la véritable mise en application ?