Il répliqua alors : « Je te prends à témoin, ô commandeur des croyants, qu’elle lui appartient désormais. »(1)
Nous ne nions certes pas la perversion d’un amour dont l’aboutissement serait la turpitude avec l’être aimé ; notre propos concerne plutôt l’amour chaste, celui d’un homme délicat que sa religion, sa pudeur et son sens de l’honneur empêchent de corrompre, par l’illicite, la relation qui l’unit à Allah comme celle qui l’unit à la personne aimée. Tel fut l’amour des pieux prédécesseurs et des imams illustres.
Ainsi, ‘Ubayd Allâh ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Utbah ibn Mas‘ûd, l’un des Sept Juristes(3), aima au point que l’affaire devint notoire ; nul ne le réprouva, et l’on jugea injuste quiconque le blâmait. Parmi les vers qu’il composa à ce sujet(4) :
« Tu as dissimulé ta passion jusqu’à ce que la dissimulation te blesse ;
Des gens t’ont blâmé, mais leur blâme est une injustice.
Les délateurs t’ont dénoncé, pourtant, avant même leurs propos,
Ton propre amour t’avait trahi, si le secret pouvait servir à quelque chose.(5)
Te voilà comme le Nahdî, mort de langueur à la suite de Hind,
Ou tel celui qu’une maladie a consumé.(6)
Tu t’es gardé de visiter la bien-aimée par scrupule ;
Or, c’est l’abandon de la bien-aimée qui est vraiment la faute.
Goûte donc à son éloignement ; toi qui prétendais qu’il était sagesse,
Hélas ! que de prétentions se révèlent mensongères ! »
Et voici ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, épris, lui, d’une servante de Fâtima bint ‘Abd al-Malik ibn…