Mais si tous ces freins disparaissent, ou si, au contraire, l’amour voué à l’être désiré l’emporte, le cœur s’attache à lui tout entier et l’âme penche vers lui de toutes ses inclinations.
On pourrait alors objecter : « Vous avez détaillé les fléaux, les méfaits et les vices de la passion ; pourquoi n’en avez-vous pas exposé aussi les avantages ? N’offre-t-elle pas, entre autres, la délicatesse de tempérament, la détente et la légèreté de l’esprit, la disparition de sa pesanteur, un véritable entraînement intérieur, et l’incitation aux nobles caractères : courage, générosité, dignité, douceur des manières et amabilité ? »
On rapporte qu’un jour on dit à Yahyā ibn Muʿādh ar-Rāzī : « Ton fils est épris de telle femme. » Il répondit : « Louange à Allah qui l’a fait accéder à la nature propre aux fils d’Adam ! »
Quelqu’un a également déclaré : « La passion est la maladie des cœurs nobles. »
Un autre a dit : « La passion ne convient qu’à celui dont la probité est manifeste et la nature pure, ou à celui qui joint une langue éloquente à une bienfaisance accomplie, ou encore à celui qui possède un raffinement éminent et une lignée irréprochable. »
Et l’on a encore affirmé : « La passion hardit le cœur du lâche, clarifie l’esprit de l’ignorant, rend généreuse la main de l’avare, humilie la superbe des rois et apaise les élans rebelles des caractères ; elle est la compagne de celui qui n’a pas de compagnon et l’intime de celui qui est sans intime. »