L’essentiel est que l’entraide qui s’instaure dans ce domaine n’est autre qu’une entraide au péché et à la transgression.
Quant aux injustices diffuses, dont le tort déborde sur autrui, qui accompagnent la réalisation du dessein de l’amoureux, elles ne sauraient échapper à personne. En effet, dès que celui-ci obtient de l’être convoité ce qu’il souhaitait, le bien-aimé nourrit à son tour d’autres objectifs pour lesquels il sollicite le concours de l’amoureux, et celui-ci ne tarde pas à les lui fournir ; chacun continue donc à épauler l’autre dans l’injustice et l’agression.
Ainsi, le bien-aimé aide l’amoureux à léser ceux qui lui sont proches – sa famille, ses parents, son maître ou son épouse –, et l’amoureux prête main-forte au bien-aimé pour nuire à quiconque fait obstacle à ses projets. Chacun soutient donc l’autre dans ses desseins lorsque ceux-ci impliquent l’oppression d’autrui ; il en résulte pour la société agressions et injustices, fruits de leur complicité dans le mal et de leur collaboration illicite. Il est d’ailleurs courant, entre amants et aimés, que l’amoureux s’emploie à servir son bien-aimé dans tout ce qui relève de l’injustice, de l’arbitraire et de l’agression : il ira jusqu’à intriguer pour lui obtenir une charge qui ne lui sied pas et pour laquelle il n’est pas qualifié, à lui procurer de l’argent illicite ou à l’aider à dominer les autres. Et lorsque le bien-aimé se trouve en litige ou en querelle avec autrui, l’amoureux se range invariablement à ses côtés, qu’il soit oppresseur ou opprimé.
À cela s’ajoutent les injustices que l’amoureux fait subir aux gens en ourdissant des stratagèmes pour s’approprier leurs biens et les employer à se rapprocher de son bien-aimé : vol, usurpation, trahison, faux serments, brigandage, et autres méfaits similaires. Il arrive même que tout cela débouche sur l’homicide.