Quant à la faute, elle lui revient : il est le propre artisan de son malheur, conformément au proverbe célèbre : « Tes mains ont noué l’outre et ta bouche l’a gonflée. »(1)
Chapitre
L’amoureux traverse trois stations : la phase du commencement, celle du milieu et celle de l’aboutissement.
Au stade initial, il lui incombe de repousser la passion par tous les moyens dont il dispose(2), dès lors que l’accès à l’être aimé est impossible, soit par décret, soit selon la Loi.
S’il n’y parvient pas et que son cœur persiste à voyager vers l’être aimé — c’est alors la station intermédiaire puis finale — il doit garder le secret : ne pas divulguer son état aux gens, ne pas chanter(3) l’éloge de son bien-aimé ni l’exposer en public, faute de quoi il cumulerait shirk (association) et injustice. Car l’injustice, dans ce domaine, figure parmi les plus graves ; elle peut même nuire à l’aimé et à sa famille plus encore qu’une atteinte à leurs biens.
En affichant sans retenue sa passion, il jette l’être aimé en pâture aux propos des gens(4), qui se divisent aussitôt entre ceux qui croient et ceux qui nient, la plupart se laissant convaincre à la moindre apparence. Qu’on dise : « Untel a fait telle chose avec un tel ou une telle », un seul démentira, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf l’affirmeront ! Aux yeux des gens, la parole d’un passionné sans pudeur, en cette matière, vaut certitude absolue…