Les tempéraments humains varient à cet égard : chez certains, l’amour se décuple lorsque la femme se montre empressée et offre ses faveurs, puis s’évanouit aussitôt qu’elle oppose refus et résistance. Un magistrat m’a d’ailleurs confié que son désir et son appétit s’éteignaient chaque fois que son épouse ou sa concubine se refusait à lui, au point qu’il ne revenait plus vers elle. D’autres, au contraire, voient leur amour et leur volonté se renforcer précisément par l’interdiction ; leur passion s’enflamme à mesure qu’on les prive, et le plaisir qu’ils éprouvent lorsqu’ils obtiennent gain de cause ressemble à celui du chasseur qui finit par capturer un gibier longtemps fuyant, ou encore à la jubilation de l’esprit qui résout enfin une question demeurée rebelle malgré un ardent désir de la comprendre.
Septièmement : c’est elle qui prit l’initiative, manifesta son désir, le sollicita et déploya tous ses efforts. Elle lui épargna ainsi la peine de la démarche et l’humiliation de la requête ; c’était elle la suppliante et l’humble, tandis que lui demeurait l’illustre objet du désir.
Huitièmement : il se trouvait dans sa demeure, sous son autorité et sa domination ; s’il refusait de lui obéir, il pouvait craindre de subir son courroux. Les mobiles du désir et de la crainte se trouvaient donc réunis.
Neuvièmement : il n’avait pas à redouter qu’elle le trahisse, ni qu’aucun des siens ne divulgue l’affaire, car c’était elle la requérante et la passionnée ; elle avait verrouillé les portes et renvoyé les gardiennes.