Chapitre
Une fois cette introduction comprise, il est impossible que cohabitent dans un même cœur (1) l’amour du Bien-Aimé suprême et la passion des images ; ces deux amours sont opposés et ne se rencontrent jamais : l’un doit nécessairement expulser l’autre. Celui donc dont toute la force d’aimer est consacrée au Bien-Aimé suprême – car l’amour de tout autre que Lui est vain et n’est qu’un tourment pour celui qui s’y adonne – sera, par cet amour même, détourné de tout autre attachement. Et s’il lui arrive (2) d’aimer quelque chose, il ne l’aime que pour Lui, parce que cette chose constitue un moyen qui le conduit à Son amour, ou qu’elle le coupe de ce qui contredit et annule cet amour (3).
Un amour sincère suppose l’unicité du Bien-Aimé et qu’on ne Lui associe (4) personne dans cet amour. Or, lorsqu’un bien-aimé créé répugne et s’irrite à l’idée que son amant partage son amour avec un autre (5), qu’il le blâme pour cela (6), l’éloigne, le prive de sa proximité et le taxe de mensonge dans la prétention de l’aimer – alors même qu’il n’est pas digne qu’on lui réserve toute la puissance de l’amour –, que dire du Bien-Aimé suprême, Lui pour qui l’amour ne doit être voué qu’à Lui seul, tout amour dirigé vers un autre que Lui n’étant qu’un tourment et une calamité pour son auteur ? C’est pourquoi Allah, exalté soit-Il, ne pardonne pas qu’on Lui associe quiconque dans cet amour, tandis qu’Il pardonne, à qui Il veut, ce qui est moindre que cela.
Ainsi, la passion des images fait perdre l’amour (7) de ce qui est plus profitable au serviteur qu’elles ; bien plus, elle fait perdre (8)…