« — Quel chemin mène au hammam de Minjâb ? — Voici le hammam de Minjâb », répondit-il.
Elle entra alors dans la maison et il la suivit. Lorsqu’elle se vit chez lui et comprit qu’il l’avait dupée, elle afficha une mine avenante, feignant la joie de se trouver avec lui, puis dit : « Il conviendrait que nous ayons de quoi rendre notre vie agréable et réjouir nos yeux. » — « J’y cours, répondit-il, je vais t’apporter sur-le-champ tout ce que tu souhaites et convoites. »
Il sortit donc, la laissant dans la demeure sans même en fermer la porte. Il alla chercher ce qu’il jugeait approprié, puis revint ; mais il constata qu’elle était partie, s’était éclipsée sans rien lui dérober. L’homme devint fou d’elle : il ne cessait de l’évoquer et parcourait rues et ruelles en répétant :
« Combien de passantes, un jour, lassées, diront :
— Quel chemin mène au hammam de Minjâb ? »
Or, un jour qu’il ressassait ces paroles, une servante lui répondit depuis une lucarne :
« Ô Cornân, quand tu l’avais enfin conquise,
pourquoi n’as-tu pas scellé la maison
ou verrouillé la porte ? »
Son délire n’en fut que plus grand, son émoi s’intensifia ; il resta ainsi jusqu’à ce que ce vers fût la dernière parole qu’il prononça en ce bas-monde.
Il ajouta : « On rapporte encore qu’un homme s’éprit d’une personne ; sa passion pour elle devint si ardente qu’elle s’enracina… »