Ad-Dâʾ wa-ad-DawâʾIbn al-Qayyim

Il a également dit : « Prenez garde de vous asseoir sur les voies publiques. » — « Ô Messager d’Allah, répliquèrent-ils, ce sont nos lieux de rencontre, nous ne pouvons nous en passer. » Il répondit : « Si vous ne pouvez vraiment pas faire autrement, alors accordez à la voie publique son droit. » — « Et quel est ce droit ? » demandèrent-ils. Il dit : « Abaissez le regard, abstenez-vous de nuire et rendez le salut. »

Le regard est à l’origine de la plupart des événements qui frappent l’être humain : un premier coup d’œil engendre une pensée fugace, la pensée suscite une réflexion, la réflexion engendre un désir, le désir enfante une volonté, puis cette volonté se renforce jusqu’à devenir une résolution ferme ; l’acte finit alors par se produire inéluctablement, à moins qu’un empêchement n’intervienne.

À ce sujet, on a dit : supporter l’effort de baisser le regard est plus facile que de supporter la douleur qui suit lorsqu’on ne l’a pas fait.

Le poète a dit :
« Toute calamité prend naissance dans un regard,
Et le brasier jaillit d’une étincelle dérisoire.
Que de regards ont atteint le cœur de celui qui les décocha,
Aussi sûrement qu’une flèche file entre l’arc et la corde. »

(1) D’après un hadith d’Abu Saïd al-Khudri, qu’Allah l’agrée. Il est rapporté par al-Bukhari dans le Livre des injustices, chapitre « Les espaces devant les maisons » (n° 2465), et par Muslim dans le Livre des vêtements et de la parure (n° 2121). (2) Dans le manuscrit Z : « Et c’est de cela. » (3) Dans les manuscrits F et Z : « Baissez le regard. » L’expression « plus facile que la patience » manque dans le manuscrit L. (4) La phrase « La patience nécessaire pour détourner le regard […] qui vient ensuite » manque dans le manuscrit S. L’auteur a cité, dans ʿUddat al-sabirin (p. 40), un sermon d’al-Hajjaj contenant ces paroles : « S’abstenir de ce qu’Allah a interdit est plus facile que de patienter face à Son châtiment. » Voir une formulation similaire attribuée à Ziyad, l’affranchi d’Ibn ʿAyyash, dans Dhamm al-hawa (p. 61). (5) Dans le manuscrit F : « Et il dit. » (6) Dans le manuscrit L : « Que de regards ont produit dans le cœur de celui qui les a portés l’effet des flèches, sans arc ni corde. » =
وقال: "إيّاكم والجلوس على الطرقات". قالوا: يا رسول الله، مجالسُنا ما لنا منها بد. قال: "فإن كنتم لابدّ فاعلين، فأعطوا الطريق حقه لا. قالوا: وما حقّه؟ قال: "غضّ البصر، وكفّ الأذى، وردّ السلام" (١). والنظر أصل عامّة الحوادث التي تصيب الإنسان، فإنّ النظرة تولّد خطرةً، ثم تولّد الخطرة فكرةً، ثم تولّد الفكرة شهوةً، ثم تولّد الشهوة إرادةً، ثم تقوى فتصير عزيمةً جازمةً، فيقع الفعل، ولا بدّ، ما لم يمنع منه مانع. وفي هذا (٢) قيل: الصبر على غضّ البصر (٣) أيسرُ من الصبر على ألم ما بعده (٤). قال (٥) الشاعر: كلُّ الحوادث مبداها من النظرِ … ومعظمُ النار من مستصغَر الشررِ كم نظرةٍ بلغت من قلب صاحبها … كمبلغ السهم بين القوس والوتَرِ (٦)
(١) من حديث أبي سعيد الخدري ﵁. أخرجه البخاري في المظالم، باب أفنية الدور … (٢٤٦٥)؛ ومسلم في اللباس والزينة (٢١٢١). (٢) ز: "ومن هذا". (٣) ف، ز: "غض الطرف". وسقط "أيسر من الصبر" من ل. (٤) "الصبر على غضّ … بعده" ساقط من س. ونقل المؤلف في عدة الصابرين (٤٠) خطبة للحجاج جاء فيها: "الصبر عن محارم الله أيسر من الصبر على عذابه". وانظر نحوه لزياد مولى ابن عياش في ذم الهوى (٦١). (٥) ف: "وقد قال". (٦) ل: كم نظرة فعلت في قلب صاحبها … فعل السهام بلا قوس ولا وتر =

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