et en a oublié ses intérêts véritables, ses maux et leur remède, les causes de son bonheur, de sa réussite, de sa droiture et de sa vie éternelle dans la félicité sans fin ?
Quiconque médite cette question constate que la majorité des créatures ont réellement oublié leur propre personne : ils l’ont négligée, l’ont perdue, ont gâché sa part auprès d’Allah et l’ont vendue à vil prix, au cours d’une transaction trompeuse (1).
Ce fait ne leur apparaîtra clairement qu’à l’agonie ; il se manifestera pleinement au Jour du Dépit mutuel (yawm at-taghâbun), le jour où le serviteur découvrira qu’il a été dupé dans le contrat qu’il avait conclu pour lui-même en ce monde et dans le commerce qu’il menait (2) pour son au-delà. Car chacun, en vérité, fait ici-bas un négoce (3) en vue de l’autre vie (4).
Les perdants, qui s’imaginent pourtant être des gens de profit et de gain, ont troqué la vie d’ici-bas, son lot et leurs jouissances, contre l’au-delà et ce qu’ils y possédaient. Ils ont dissipé leurs biens agréables dans leur vie présente, en ont joui, s’en sont satisfaits et s’y sont installés en toute quiétude. Tout leur effort a consisté à les obtenir : ils ont vendu, acheté, commerçé. Ils ont cédé ce qui est différé pour ce qui est immédiat, l’achat à crédit pour l’argent comptant, l’invisible pour le tangible, et ils ont déclaré : « Voilà la véritable prudence. » L’un d’eux dit :
« Prends ce que tu vois et laisse ce dont on ne fait que te parler » (5).
Comment pourrais-je vendre, dans cette demeure, un bien présent, palpable et payé comptant contre un bien absent, différé, dans une autre demeure…