De même, nombre de personnes récemment entrées en islam pensent que se rendre en pèlerinage sur la tombe de certains imâms ou shaykhs est meilleur – ou, à tout le moins, équivalent – au pèlerinage prescrit ; ils ne savent pas que cela est interdit, et nul ne les a informés qu’il s’agit là d’un polythéisme prohibé. Nous avons, ailleurs, développé ce point de façon détaillée.
Ce qui importe ici, c’est que ces polythéistes qui prennent les occupants des tombes pour intermédiaires commettent avec eux le même shirk que les idolâtres avec leurs idoles : ils les invoquent, recherchent leur intercession, placent leurs espoirs en eux et les craignent. Ils les ont élevés au rang de rivaux qu’ils aiment comme on doit aimer Allah. Ce sont ceux-là mêmes qui, lorsqu’on les met en garde contre ce polythéisme et qu’on leur ordonne d’adorer Allah seul, prétendent qu’on aurait porté atteinte à l’honneur de ces « saints », qu’on les aurait combattus et défiés ; tout comme les chrétiens soutiennent que celui qui considère le Messie comme un serviteur d’Allah, incapable de nuire ou de profiter, l’aurait rabaissé, combattu, insulté et opposé à lui.
- Voir al-‘Ilal de ad-Daraqutnî (1/193).
Il existe un témoin tiré des hadiths d’Aïcha et d’Abû Mûsâ :
1. Hadith d’Aïcha : rapporté par Ibn Abî Hâtim dans son Tafsîr (2/632/3399), al-Hâkim dans al-Mustadrak (2/291), al-Bazzâr dans Kashf al-Astar (4/217/3566), Abû Nu‘aym dans al-Ḥilya (8/368 et 9/253) et Ibn al-Jawzî dans al-‘Ilal al-Mutanâhiyya (2/338). Chaîne : ‘Abd al-A‘la ibn Ayyîn, de Yahyâ ibn Abî Kathîr, d’Urwa, d’Aïcha (qu’Allah soit satisfait d’elle) ; elle transmet ce propos du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) : « Le polythéisme est plus secret que le rampement d’un acarien sur le rocher par une nuit sans lune ; le moindre degré en est que l’on aime quelque chose par injustice et que l’on déteste quelque chose par équité. La religion n’est-elle pas amour et haine ? Allah, le Très-Haut, a dit : “Dis : Si vous aimez Allah, suivez-moi ; Allah vous aimera.” »
– Sa chaîne est jugée très faible. Al-Hâkim l’a qualifiée de « sahîh » dans le texte mais n’en a pas donné la version écrite. Al-Dhahabî ajoute : « Il y a ‘Abd al-A‘la ; ad-Daraqutnî dit qu’il n’est pas fiable. »
– Ibn Abî Hâtim rapporte qu’Abû Zur‘a a tenu ce hadith pour réprouvé car ‘Abd al-A‘la est narrateur discutable et faible.
– Al-Haythamî (al-Majma‘ 10/223) et Ibn al-Jawzî confirment la faiblesse du récit.
2. Hadith d’Abû Mûsâ al-Ash‘arî : rapporté par Aḥmad (4/403), Ibn Abî Shayba dans al-Musannaf (10/337-338/9596), al-Ṭabarânî dans al-Awsat (4/10/3479) et al-Bukhârî dans al-Târîkh al-Kabîr (Kitâb al-Kunâ 8/58), en mu‘allaq. Chaîne : ‘Abd al-Malik ibn Abî Sulaymân, d’Abû ‘Alî (un homme de Banû Kahl) ; ce dernier rapporte qu’Abû Mûsâ prit la parole et prononça ce hadith, avec un récit annexe.
– Al-Munḏirî (at-Targhîb wa-tarhîb 1/76) estime leurs narrateurs fiables jusqu’à Abû ‘Alî, attesté par Ibn Hibban sans critique.
– Al-Haythamî (al-Majma‘ 10/226-227) partage cet avis.
– Al-Albânî l’a jugé ḥasan dans Saḥîh at-Targhīb wa-tarhīb (p. 91, n° 33) et a confirmé son authenticité dans Saḥîh al-Jâmi‘ (3730), en renvoyant à la version faiblement authentique (n° 3755) pour examen.
En conclusion, le hadith est ḥasan moyennant ses ch âines de transmission. Dieu, exalté soit-Il, sait mieux.