C’est pour cette raison que la Sunna a établi que sa tombe ne soit pas visitée comme le sont les autres tombes ; la majesté de son rang et l’ampleur de ses droits l’exigent, ainsi que nous l’avons déjà exposé.
Quant à celui qui se rend auprès de sa tombe ou de celle d’autrui afin de commettre l’association et d’invoquer le défunt en dehors d’Allah, tout cela est formellement illicite : outre qu’il s’agit d’un acte de polythéisme, c’est un abandon du droit qui incombe au Messager d’Allah ﷺ et la recherche auprès de lui de ce qui ne relève que d’Allah. Quelle comparaison possible entre celui qui Lui obéit, L’assiste dans ce qu’Allah a prescrit et s’acquitte de ses devoirs envers lui, et celui qui manque à son droit, à son obéissance et à son soutien, néglige l’adoration d’Allah, Son unification et l’invocation qui Lui est due, tout en imposant à une créature ce que seul le Créateur — qu’Il soit exalté — peut accomplir ? Il en résulte une offense envers le Prophète et une offense envers Allah par l’association qui Lui est attribuée.
Le Prophète ﷺ a dit dans un ḥadith authentique :
« Nul n’est plus patient qu’Allah face aux offenses qu’Il entend : on Lui attribue des égaux et des associés, alors qu’Il continue néanmoins à les préserver et à les pourvoir »(1).
Allah, le Très-Haut, dit également :
« Ô vous qui croyez ! Priez sur lui et adressez-lui vos salutations de paix » [Al-Aḥzâb : 56]. Voilà son droit ﷺ.
Et Il dit encore :
« Certes, ceux qui offensent Allah et Son Messager, Allah les maudit en ce monde et dans l’au-delà » [Al-Aḥzâb : 57].
[Le but législatif de la visite des tombes]
Les gens des innovations et de l’ignorance accomplissent des actes qui relèvent de l’offense à Allah et à Son Messager, tout en délaissant les droits qu’Allah a prescrits, s’imaginant néanmoins le glorifier ; ils agissent comme les chrétiens à l’égard du Messie. Le démon les égare donc, comme il égara les chrétiens, tandis qu’ils pensent agir convenablement.
Ceux qui visitent les tombes des Prophètes et des pieux, qui leur font même un « pèlerinage » pour les invoquer, leur demander (des faveurs), ou les adorer et les appeler en dehors d’Allah, sont des associateurs. S’ils disent : « Nous les aimons », alors, s’ils sont véridiques, ils les aiment à côté d’Allah et non pour Allah, tout comme les polythéistes aiment leurs idoles. Allah dit :
« Parmi les hommes, il en est qui, en dehors d’Allah, adoptent des égaux qu’ils aiment comme on aime Allah ; mais les croyants aiment Allah d’un amour plus intense » [Al-Baqarah : 165].
Aimer pour Allah signifie qu’Allah soit aimé pour Lui-même, et que Ses Prophètes soient aimés parce qu’Il les aime ; le signe de cet amour est de les suivre, comme Il dit :
« Dis : “Si vous aimez Allah, suivez-moi, Allah vous aimera” » [Âl ‘Imrân : 31].
Ainsi, quiconque suit le Messager est celui qu’Allah aime. Quant à celui qui prétend l’aimer, exagère à son sujet et commet le shirk avec lui, s’il ne le suit pas, Allah ne l’aime pas ; bien au contraire, s’il le contredit, Il le déteste à proportion de cette contradiction. « À chacun des degrés selon ses œuvres, afin qu’Il les rétribue pleinement pour leurs actes sans qu’ils ne soient lésés » [Al-Aḥqâf : 19]. « Et ton Seigneur n’est point injuste envers les serviteurs » [Fussilat : 46].
La visite des tombes qu’a prescrite le Messager relève du même ordre que la prière funéraire : que celui qui implore soit de rang supérieur ou inférieur importe peu.
Le but n’en est pas de se soumettre au défunt ni de s’humilier devant lui, comme on le fait en croyant aux Prophètes et en leur obéissant, pas plus qu’elle n’a été instituée parce que le défunt jouirait d’un prestige ou d’un rang auprès d’Allah ; elle a été légiférée pour tout croyant, sans distinction.
(1) Ḥadith authentique rapporté par al-Bukhârî et Muslim.