Il a, de plus, maudit les Gens du Livre pour cet acte, afin de mettre sa communauté en garde ; en effet, il est rapporté dans le Ṣaḥīḥ qu’il déclara cinq jours avant sa mort :
« Certes, ceux qui vous ont précédés prenaient les tombes comme mosquées ; prenez garde, ne prenez donc pas les tombes comme mosquées, car je vous l’interdis. »
Et, dans les Ṣaḥīḥ, par plusieurs chaînes, il est relaté qu’il dit durant sa maladie terminale :
« Qu’Allah maudisse les Juifs et les Chrétiens ; ils ont pris les tombes de leurs prophètes pour des mosquées » — il mettait ainsi en garde contre leur acte.
ʿÂʾicha — qu’Allah l’agrée — a dit : « N’eût été cette mise en garde, son tombeau aurait été exposé au grand jour ; mais il détestait qu’il fût pris pour une mosquée. »
Ainsi, d’après la Sunna établie du Messager d’Allah — que les prières et la paix d’Allah soient sur lui — et l’unanimité des imâms des musulmans, il n’est pas permis de transformer les tombes des prophètes et des vertueux en mosquées, qu’il s’agisse de ceux qui jugent la prière dans un cimetière réprouvée ou de ceux qui ne la jugent pas telle ; car ceux qui ne la jugent pas réprouvée disent : la cause de la réprobation réside dans l’impureté du sol ; si celui-ci est pur, alors il n’y a pas de réprobation.
Quant au fait de prendre les tombes pour des mosquées en raison de la vénération portée au défunt, au point de faire de sa tombe une idole, c’est là une autre cause avancée par divers groupes de musulmans : juristes de Médine et de Koufa, jurisconsultes du ḥadith parmi les disciples d’al-Shâfiʿî, d’Aḥmad et d’autres, comme j’ai rapporté leurs propos ailleurs.
Dès lors, il s’ensuivrait, d’après la calomnie de cet ignorant, que le Législateur lui-même — que les prières et la paix d’Allah soient sur lui — qui a interdit ce voyage, devrait être considéré comme manifestant une hostilité ouverte et une obstination envers les prophètes ; pourtant, c’est lui qui a interdit de voyager vers toute mosquée en dehors des trois. Quant au fait de se rendre dans ces mosquées sans entreprendre un voyage, pour y prier et y invoquer, cela compte parmi les plus grandes adorations ; les actes d’adoration et de rapprochement peuvent en effet être, tantôt obligatoires, tantôt recommandés.
S’agissant des tombes des prophètes et des vertueux, il n’est recommandé selon aucun imâm de la religion de s’y rendre pour y prier ou y invoquer ; bien au contraire, cela est prohibé dans des ḥadiths authentiques, comme l’ont indiqué plusieurs savants. Il est toutefois permis de visiter les tombes pour invoquer Allah en faveur de leurs occupants, ainsi que le Prophète — que les prières et la paix d’Allah soient sur lui — visitait les gens d’al-Baqîʿ.
Quant à sa propre tombe, les gens en ont été tenus à l’écart ; il leur a été interdit d’y pénétrer, et il a dit — que les prières et la paix d’Allah soient sur lui :
« Ne faites pas de ma tombe — ou, dans une autre version : de ma maison — un lieu de fête ; et priez pour moi où que vous soyez, car votre prière m’est transmise. » [1]
Il en a dit de même au sujet du salut qui lui est adressé. Or Allah a prescrit de prier pour lui et de le saluer de façon absolue ; cet ordre vaut en tout lieu et n’est pas réservé à sa tombe. Il s’agit d’une pratique légiférée et recommandée partout, tandis que la particulariser à son tombeau est interdit.
Ceux donc qui ont proscrit ce voyage ne l’ont fait que par obéissance à Allah et à Son Messager ; leur intention est l’obéissance à Allah et la suivance du Messager. Fût-ce qu’ils se trompent, celui qui cherche à obéir aux prophètes ne saurait être tenu pour leur ennemi, ni en secret ni au grand jour, ni être considéré comme obstiné à leur égard ; bien au contraire, il affirme l’obligation de leur obéir, croit en eux, leur est loyal et se soumet à leur jugement, même s’il a commis une erreur ; telle est bien son intention. Comment donc pourrait-on le tenir pour leur adversaire, d’autant plus qu’il est, en réalité, en accord avec eux intérieurement et extérieurement ?
Et quand bien même on supposerait que le répondant interdise la visite des tombes de façon absolue, que ce soit avec voyage ou sans voyage, cela reste l’avis d’un groupe de prédécesseurs — tels al-Shaʿbî, al-Nakhaʿî et Ibn Sîrîn — comme l’ont rapporté plusieurs auteurs, parmi lesquels Ibn Baṭṭâl dans son « Commentaire de al-Bukhârî ». Ces hommes comptent, de l’avis unanime des musulmans, parmi les plus éminents savants de l’époque des tâbiʿîn, et cet avis est également relaté dans l’école de Mâlik. Celui qui le professe n’est pas pour autant un ennemi des prophètes